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47ème Congrès CGT

 

Compte-rendu CL-CGT

 

Introduction

Le 47ème Congrès de la CGT s'est tenu du 24 au 28 mars 2003 à Montpellier. Il était censé boucler le processus de mutation réformiste après des décennies d'incubation et deux congrès préparatoires décisifs : 45ème en décembre 1995 et 46ème en février 1999. Il s'est achevé certes avec des votes majoritaires pour la Direction Confédérale, mais avec beaucoup d'incertitudes aussi pour l'avenir. Une chose est certaine : avec un tel congrès, les syndiqués CGT, mais plus largement, les travailleurs, ne sortent pas renforcés dans leur combat de classe, au quotidien, contre le patronat et le gouvernement.

La CGT "internationaliste"

Le 23 mars juste avant l'ouverture du Congrès, la CGT avait organisé une conférence européenne et internationale sur le "développement et son financement", "les biens collectifs mondiaux", les "institutions internationales". La CES (Confédération Européenne des Syndicats) et une centaine d'organisations, des ONG, ont participé à cette conférence. Les sigles du 47ème Congrès, celui de la CES et celui de l'UE (Union Européenne) étaient côte à côte. On apprenait que Joël DECAILLON responsable du secteur Europe de la CGT était pressenti pour occuper le poste de secrétaire général adjoint de la CES.

Les appuis politiques

Au 46ème Congrès de 1999, Bernard Thibault, avec le lancement du "syndicalisme d'ouverture et de négociation" avait été félicité par le Président du MEDEF (Ernest Antoine Seillière).

De même l'adhésion de la CGT à la CES, sous le parrainage de la CFDT, fut saluée par les applaudissements de toute la manne social-démocrate – qu'on en juge :

 

Le conseiller du Ministre des Affaires Sociales estime que "la CGT n'est plus dans une stratégie oppositionnelle des années 1970..."

Le patronat de la métallurgie constate que "la démarche de la CGT est évolutive.. participe aux négociations... fait des propositions... et ne claque plus la porte".

Bernard Brunhes, ancien conseiller de Pierre Mauroy (ancien Premier Ministre de F. Mitterrand des années 81-83) déclare : la CGT a un vrai projet pour constituer avec la CFDT l'ossature d'un syndicat rénové et puissant, en capacité de signer des accords majoritaires..."

Raymond SOUBIE, ancien conseiller de Raymond BARRE (ancien Premier Ministre de droite), estime que "la ligne THIBAULT n'est pas en danger " même si "cette orientation programmée par Viannet est difficile".

Depuis un an, le Parti Socialiste n'est pas en reste. Il ne cesse de rechercher de nouveaux liens avec les syndicats où la CGT se trouve aujourd'hui la plus courtisée. Ainsi, le P.S. est-il dans le sillage des propositions de la CGT avec, par exemple "le statut du salarié et une sécurité sociale professionnelle."

Le PS était représenté au 47ème Congrès par deux secrétaires nationaux, Leroux et Bel, porteurs de propositions à l'attention de B. Thibault : par exemple, constituer des groupes de travail thématiques sur la retraite, la précarité, etc... car "la CGT a des débats prospectifs intéressants", estiment les socialistes. B. Thibault n'y serait pas opposé.

Criminalisation du Communisme et du Syndicalisme de Lutte de Classe.

 

Une véritable campagne de criminalisation du communisme et du syndicalisme de lutte de classe est engagée au sein de la CGT.

Un hebdomadaire du 20 au 26 mars, rappelle à travers un portrait de B. Thibault : "Depuis le 16 octobre 1999 où, il avait refusé de joindre la CGT à une manifestation lancée par le PCF, la courroie de transmission a été officiellement coupée." Un quotidien national titre son édito du 27 mars en se délectant de l'enterrement du syndicalisme de lutte de classe : "la CGT crainte hier, courtisée aujourd'hui".

Cette campagne ne peut malheureusement qu'être encouragée par la déclaration intempestive de Georges Séguy (secrétaire général de la CGT de 1967 à 1982). G. SEGUY, qui avait tenté dès le Congrès de Grenoble en 1978 une "distanciation avec le Parti Communiste", déclare à l'occasion du 47ème Congrès : "A tous les grands moments de son existence, la CGT a dû s'adapter... les syndicats doivent tenir compte des mutations de la société pour jouer un rôle... le prolétariat est devenu classe ouvrière, puis les salariés...  on ne s'est pas suffisamment intéressé à certains d'entre eux... la vie syndicale n'est pas assez démocratique. Je pense que le Congrès (47ème) sera historique... Les résistances auxquelles se heurte Bernard Thibault ne sont pas très différentes de ce que j'ai connu à Grenoble en 1978. Je n'avais pas, alors pu aller au bout de ma démarche d'ouverture...".

Certes, les tenants de la société libérale et leur alliée la social-démocratie, estiment que Thibault ne va pas assez vite et assez loin dans le franchissement réformiste. Pourtant, il dispose d'une situation relativement favorable : il n'a plus d'opposition structurée.

La préparation du 47ème Congrès :

Les documents préparatoires de ce 47ème Congrès ont dérouté un peu plus les militants de la base et les syndiqués. Depuis les Congrès Confédéraux des années 90, on a peu à peu éliminé le contenu de classe des documents de Congrès : suppression de la plate-forme revendicative, maquillage du document d'orientation, voire du rapport d'activité, etc...

A l'exception du rapport d'activité, les documents du 47ème étaient constitués par des "projets" thématiques essentiellement liés aux objectifs de mutation réformiste et d'intégration au syndicalisme européen de la CGT.

 

Quatre résolutions étaient proposées au débat du Congrès. Leur diffusion dans le syndicat par voie de presse confédérale, (donc pas nécessairement accessible à tout le potentiel syndical) a constitué une première élimination notoire du débat. Il n’y aura pratiquement pas eu de véritable analyse collective des syndicats sur ces résolutions.

Au total, et on le verra à travers les débats et les chiffres cités ci-après, la préparation du 47ème congrès a été l'apanage d'une minorité de militants et de syndicats, certains, par centaines, ayant même fait connaître publiquement leur volonté délibérée de boycotter le Congrès.

Le malaise interne de la CGT par les chiffres

685 186 adhérents CGT ont été annoncés à ce Congrès soit, plus 32 056 adhérents sur le 46ème Congrès de 1999.

Pour les actifs l'augmentation est de 49 000 adhérents (dont 3 000 cadres et techniciens), alors que la perte est de 15 000 adhérents chez les retraités (131 000 contre 146 000 au 46ème Congrès) et de près du tiers chez les "privés d'emploi" qui ne sont plus que 6 600 adhérents contre près de 10 000 au 46ème Congrès.

 

Ces chiffres qui paraissent globalement positifs cachent des réalités politiques plus complexes et plus profondes. Outre le syndicalisme de lutte de classe qu'on veut éradiquer, c'est aussi le syndicalisme de masse, garant du rapport de force d'une organisation de classe qui vole en éclats avec l'orientation du "syndicalisme rassemblé" dont CL-CGT a toujours combattu la duperie du caractère unitaire affirmé. On ne fait pas l'unité par l'addition, fut-elle structurelle de deux organisations (cf. tentative de rapprochement CGT-CFDT au 46ème Congrès) dont les racines et les concepts sont fondamentalement opposés. C'est pourtant tout le combat que continuent de mener les dirigeants réformistes de la CGT depuis plusieurs années, soutenus logiquement aujourd'hui par toute la manne social-démocrate et singulièrement le Parti Socialiste. L'unité se fait sur des bases de rapport de classe idéologiques et revendicatives, jamais sur le renoncement ou la compromission avec la bourgeoisie capitaliste, le Patronat.

Mais le constat du malaise profond à l'intérieur de la CGT est peut-être plus significatif encore à travers l'analyse des comptes financiers qu'à travers les interventions contradictoires des délégués et des votes, fussent-ils plus "contestataires" qu'en 1999.

Le Trésorier Confédéral devait livrer ses états d'âme devant les congressistes, mais sans en tirer les motivations objectives qui ne sont pourtant pas si difficiles à déceler.

Alors que pour la période 1998-2001 la CGT aurait enregistré plus de 40 000 adhérents, les recettes-cotisations ont régressé de 10 %. Dans le même temps sont reprochés aussi, le non-respect du taux de la cotisation à 1 % du salaire, et le nombre de cotisations à "taux réduit" qui se serait multiplié. Enfin le Trésorier National constate de plus en plus de retards dans les reversements des quotte parts de cotisations aux structures de la Confédération, retards pouvant atteindre jusqu'à 24 mois.

Mais le plus grave et inquiétant, pour la Confédération, c'est, rapporte le Trésorier, le nombre considérable de syndicats qui, délibérément, ne remplissent pas leurs obligations financières aux Fédérations et à la Confédération. Sur 21 000 bases organisées que compte la CGT, 7 690 seulement régularisent normalement leurs obligations financières. De fait, plus de 13 000 bases ne sont donc pas confédérées. Question (NDRL) : quelle légitimité dès lors, peut-on accorder à la représentativité syndicale et aux votes de ce Congrès ?

 

La participation au Congrès

Un millier de délégués et 5 à 600 invités ont participé au 47ème Congrès. Outre le boycott de nombreux syndicats, comme aux précédents congrès, les dirigeants réformistes avaient pris soin d'organiser les filtrages et sélections préalables des délégués pour avoir la maîtrise de la manipulation du Congrès. Des syndicats avaient refusé tout mandatement de délégués en qui ils n'avaient pas confiance dans l'utilisation de leurs voix au Congrès. Mais tout syndicat n'ayant manifesté aucun choix de mandatement voyait ses voix récupérées par le bureau du Congrès et considérées comme approbatrices des propositions confédérales.

 

75 % des congressistes participaient pour la première fois à un Congrès Confédéral.

Les femmes représentaient 30 % des délégués (sans progression sensible sur le 46ème Congrès).

La participation des jeunes de moins de 30 ans était en net recul sur le 46ème Congrès : 8 % des congressistes, contre 12 % en 1999.

Une participation symbolique des salariés issus de l'immigration (moins de 3 %) alors qu'ils représentent 40 à 50 % des travailleurs de certaines corporations, comme la Construction.

Idem pour les "privés d'emploi" : peu représentés. A noter que le Comité National CGT des "privés d'emploi" s'était vu refuser sa proposition de candidature à la CE Confédérale pour motif "politique" !

L'ordre du jour et les débats

L'ordre du jour de ce 47ème Congrès était quasi-essentiellement axé, pour ne pas dire crispé, sur l'objectif de concrétisation de la mutation réformiste avec une sélection de quatre résolutions qui constituaient une innovation pour un Congrès de la CGT ; des innovations qui, dès le début ont suscité des interrogations, voire exacerbé nombre de syndicats jusqu'à certains rejets comme nous l'avons vu précédemment.

Les documents préparatoires au 47ème Congrès notamment les résolutions n'étaient pas amendables pour les syndicats.

Absence de document d'orientation générale qui permet le débat avec prise de décisions à la mesure des attentes légitimes des syndicats ; absence de plate-forme revendicative (mais il en est ainsi depuis trois congrès confédéraux) servant de repères et points d'appui constants aux syndicats dans leurs luttes.

Dès lors, exit ! le débat et prise de positions concrètes sur : les salaires, les pensions, l'emploi et le chômage, les privatisations, la défense du service public, les couvertures sociales, l'éducation et la formation, les problèmes de l'immigration, les réformes de l'appareil d'Etat, la régionalisation, les atteintes aux libertés, etc...

En pleine guerre contre le peuple irakien, pas la moindre résolution condamnant les états agresseurs anglo-américains, juste, dans son rapport d'ouverture, B. Thibault déclarant que : "la CGT approuvait les décisions du chef de l'État et de la diplomatie française;..". Comme si la CGT, les travailleurs avaient les seuls et mêmes motifs de condamnation de cette guerre que ceux de CHIRAC-RAFFARIN serviteurs des états impérialistes européens.

 

Les congressistes étaient appelés à débattre et voter sur plusieurs points et notamment :

Vote sur le rapport d'activité présenté par le secrétaire général Bernard Thibault.

Vote sur la résolution n° 1 (Solidaires pour de nouvelles conquêtes sociales).

Vote sur la résolution n° 2 (Poursuivre le renouveau syndical).

Vote sur la résolution n° 3 (Charte de la vie syndicale).

Vote sur la résolution n° 4 (La cotisation syndicale)

Vote sur la retraite (non prévue initialement par le Congrès).

Élection de la Direction Confédérale

 

Malgré les tentatives de dévoiement du débat sur les questions fondamentales que nombreux délégués étaient venus exprimer à ce Congrès il en est que les dirigeants confédéraux n'ont pu éviter, comme par exemple l'adhésion CGT à la CES, obligeant Emilio GABAGLIO secrétaire général de cette organisation à réagir en soutien à la direction confédérale CGT.

Également le problème des retraites, donnait lieu à un intense débat, contradictoire dans sa conclusion. Pendant plus de deux heures, délégués du public comme du privé, se sont succédés pour critiquer voire condamner les positions confédérales au sujet de la participation de la CGT au CIES (épargne salariale) et rappeler l'attachement des salariés aux 37,5 annuités de cotisation pour la retraite. C'était sans compter avec la capacité de manipulation confédérale contre les velléités contestataires des délégués.

 

Après une salve nourrie, défavorable à la Direction Confédérale, la Fédération CGT du Textile - Habillement, connue pour ses "relations cordiales" avec le patronat, faisait monter une déléguée du textile du Nord pour tenter, et réussir, à retourner le Congrès en faveur de la ligne Confédérale. Cette intervention, ovationnée par le congrès allait faire le bonheur de B. Thibault et JC Le DUIGOU mais ô combien ! Aussi celui des médias. Pas un quotidien ne laissait passer une si belle occasion où la déléguée THC, au-delà du sujet concernant la réforme des retraites, attaquait violemment ceux "qui ne sont pas sur la ligne d'ouverture de la CGT... les procéduriers dont la plupart ne connaissent rien à la vie des usines et se conduisent souvent en dictateurs dans leurs syndicats". Plus tard, après qu'un caméraman de télévision ait interviewé l'intéressée, un délégué tout proche pouvait saisir cet échange du secrétaire général de la Fédération THC avec "l'héroïne du jour" : "Alors, ça s'est bien passé ? Tu as pu me relire ?..." Ainsi, au regard des propos tenus, la manipulation peut aller jusqu'à l'insulte.

 

B. Thibault et JC Le DUIGOU pouvaient alors reprendre l'offensive et faire passer la proposition confédérale sur "la retraite à 60 ans pour tous" en stigmatisant le "slogan de 37,5 annuités de cotisation qui ne pouvait régler l'ensemble des problèmes".

 

La proposition confédérale était votée à main levée à 95 % des congressistes, ce qui dénote pour le moins une immaturité politique de la masse des délégués encadrés de dirigeants avertis et rompus à la manipulation.

 

Ce vote allait être lourd de conséquences, à plus d'un titre :

 

il ratifie de fait la réforme Balladur de 1993 sur l'allongement de la durée de cotisations à 40 ans pour le secteur privé

il avalise le plan Juppé de 1995 qui voulait étendre la réforme Balladur au secteur public.

enfin il positionne la CGT sur la base du projet de réforme du Medef sur les 40 annuités de cotisation public-privé, comme première étape de l'allongement de la durée de cotisation...

 

Autre preuve de la capacité de manipulation du Congrès s'il en était besoin : les militants du Parti des Travailleurs, très actifs dans les débats contestataires avaient cru pouvoir menacer de "mettre le feu au Congrès". Le Bureau du Congrès leur répondait : "On a de quoi éteindre l'incendie !", tout en leur permettant de jouer le rôle d'opposants officiels.

 

Les votes

Le rapport d'activité :

 

Malgré toutes les précautions "sécuritaires" prises par la Confédération et ses directions réformistes, le rapport d'activité présenté par B. Thibault, recueillait moins de 75 % des voix (12,36 % contre et 13 % d'abstentions) provoquant une certaine surprise parmi les "soutiens officiels" et la presse. Beaucoup moins d'étonnement dans les syndicats qui estimaient même que ce résultat n'avait qu'une signification toute relative tellement il était en décalage avec la réalité des syndicats de base. On a pu se rendre compte de ce décalage, par exemple le 9 février 2003 avec le référendum organisé par la direction de la Fédération CGT-Energie pour inciter les personnels à répondre favorablement au projet de protocole d'accord sur la retraite. Les gaziers et électriciens allaient rejeter massivement et majoritairement ce projet s'inscrivant dans le processus de privatisation d'EDF-GDF, infligeant ainsi un double camouflet : à la direction Fédérale CGT et à la direction EDF-GDF.

Solidaires pour de nouvelles conquêtes sociales

Il s'agit d'un projet extrêmement dangereux à plus d'un titre :

 

C'est une adaptation aux lois économiques du capitalisme qui s'inscrit dans le prolongement des lois Aubry sur la flexibilité du travail et la refondation sociale du Medef.

 

Le nouveau statut du salarié intègre périodes de travail et périodes de chômage, liées à des périodes de formation lors de pertes d'emploi. Ce texte est un apport considérable d'adaptation permanente de la main-d'œuvre au Capital, à l'aménagement de la politique du chômage et des licenciements.

 

Ce texte aura pour conséquence à terme, l'accélération du démantèlement des acquis sociaux, transférant les contrats collectifs vers le contrat de travail-contrat social, individuel. Ce texte ne doit avoir aucun mal à être labellisé par la CES (Confédération Européenne des Syndicats). Il a été voté par 76,75 % des voix, contre 15,42 % et 7,84 % d'abstentions.

Poursuivre le renouveau syndical

C'est la transformation organique et structurelle de la CGT aux nouveaux concepts du syndicalisme réformiste, intégré au système capitalisme. C'est l'adaptation obligée au syndicalisme européen de la CES. C'est aussi, la concrétisation du point 256 du document d'orientation du 46ème Congrès à savoir, le rapprochement avec la CFDT dans l'optique de rassembler les salariés sur ce qui les unit sans se focaliser sur les désaccords grâce au recentrage réformiste de la CGT.

Ce texte était voté par 73,49 % des voix, contre 15,89 % et 10,63 % d'abstentions.

La cotisation

Cette résolution sur la collecte et la redistribution des cotisations dans le cadre des restructurations de la CGT (remise en cause du fédéralisme) a dû être réécrite sous la pression des délégués mais avec la promesse d'un Congrès extraordinaire pour ratifier le nouveau système. Ce coup de bluff permettait à la direction confédérale de s'en sortir pour poursuivre son œuvre de destruction du syndicalisme de lutte de classe.

Le texte était voté par 51,48 % des voix, contre 34,35 % et 14,17 % d'abstentions.

Scrutin pour l'élection de la Commission Exécutive

Nombre d'adhérents proclamés au Congrès : 685 186

Inscrits : 488 867

Ne participent pas au vote (0,60 %) : 2 929

Votant (99,40 %) : 485 938

Exprimés (97,40 %) : 473 301

Nuls (néant) : -

Abstentions (2,60 %) : 12 637

Majorité absolue (50 % +1) : 236 601

 

Tous les candidats présentés sont élus.

Ont obtenu le plus de voix (443 411) : Gourlay et Tovera

A obtenu le moins de voix (411 605) : Le Duigou

Le secrétaire général B. Thibault obtient 440 938 voix.

Bilan et enseignements du 47ème Congrès :

Le 47ème Congrès a été, comme on pouvait s'y attendre, contestataire et houleux, mais jamais en phase de rupture. Le dosage de la contestation avait été soigneusement établi lors de la préparation du congrès afin de maîtriser le rapport de force en faveur de la "poursuite du renouveau syndical" c'est-à-dire du recentrage réformiste de la CGT.

Dans la phase préparatoire du Congrès, les contributions des syndiqués ou syndicats de base montraient de l'inquiétude, du désarroi, voire même du rejet pur et simple des projets de résolutions devant engager la CGT pour l'avenir.

Pour la première fois peut-être, depuis 1995, des critiques aussi franches sont apparues, sur la faiblesse de mobilisation revendicative, sur la stérilité de la stratégie des luttes, contre le syndicalisme de négociation, contre l'adhésion de la CGT à la CES (mieux perçue comme assimilée à l'Union Européenne libérale).

Une forte opposition s'est avérée contre la participation de la CGT au Comité Intersyndical d'Epargne Salariale (CIES) et les problèmes de rapprochement avec la CFDT, objet de débats houleux au 46ème Congrès qui n'ont pas perdu de leur intensité aujourd'hui, sans déboucher sur une position claire. Il y a beaucoup de débats, mais où aucun des thèmes essentiels n'était traité à fond.

Le rapport d'activité de B. Thibault a été finalement assez peu discuté. La grande majorité des délégués était surtout là pour exprimer ses soucis, ses craintes, évoquer des problèmes locaux ou professionnels dans une ambiance où la sérénité faisait souvent défaut. Par exemple, l'appel confédéral à soutenir sa position sur les retraites était approuvé à 95 % des congressistes, après une salve de critiques, et alors que majoritairement les militants et les syndicats de base, n'avaient jamais cessé de soutenir les 37,5 annuités de cotisations pour le public comme pour le privé.

Sur la position de la CGT à l'égard des autres organisations, là encore cela s'est caractérisé plus par du non-dit que par la volonté d'éclairer le débat. On a esquivé le sujet pour garder une unité de façade des états majors syndicaux sur la base du compromis idéologique décidé au 46ème Congrès de Strasbourg : marteler l'idée qu'on ne peut gagner qu'avec le "rassemblement" (addition) des Confédérations, mais surtout avec l'arrière-pensée de prévenir et contenir toute velléité de développement et d'extension des luttes (crainte déclarée de B. Thibault, d'aboutissement de la grève générale).

On aurait pu penser, au regard de la contestation de la base avant le Congrès que les problèmes de restructuration de la CGT auraient cristallisé la discussion sur ce thème. Or, il n'en a rien été, sauf sur la question de la cotisation qui touche directement à la "caisse des syndicats", donc à leur indépendance matérielle de fonctionnement ; mais tout cela, déconnecté de l'ensemble des problèmes structurels et politiques de la centrale syndicale, sans parler des statuts de 1995, qui pourront faire l'objet, au 48ème Congrès de l'adaptation définitive au recentrage réformiste de la CGT.

On ne pouvait rien attendre, sinon des nébuleuses, des réponses confédérales aux grands dossiers concernant les travailleurs. On a quelque peu noyé la discussion sur le "nouveau statut du salarié" mais en se gardant bien d'apporter les précisions nécessaires qu'attendaient les délégués sur la portée du projet confédéral, dont on avait l'impression qu'il était plus destiné aux partis politiques (de gauche ?) qu'aux militants syndicaux. Une chose est certaine, ce projet avait fait fiasco dans la grande majorité des syndicats de base avant même le congrès : fiasco auprès de ceux qui en avaient décelé les dangers, mais fiasco aussi auprès de ceux n'ayant pas forcément tout compris du contenu concret du projet, peut-être les plus nombreux. En tout cas, pour beaucoup, on se posait la question de la contradiction entre le fait que la CGT n'avait pas de politique mobilisatrice pour la défense des acquis sociaux, alors qu'elle lançait un projet, dit revendicatif, en phase avec la politique des réformes socio libérales.

D'une manière générale, que ce soit sur les grands dossiers, les grandes revendications, les questions posées par les délégués (locales, professionnelles, etc...) ou le bilan des luttes, les congressistes sont souvent restés sur leur faim quant aux réponses qu'ils pouvaient attendre, quant à l'analyse et aux conclusions qui pouvaient être tirées. Cela montre, à travers le dévoiement du débat ou le satisfecit pré-empesé des drivers du Congrès, la pauvreté de ce 47ème Congrès, mais, par voie de conséquence, les dangers qu'il recèle pour l'avenir du syndicat et les combats de classe à mener.

Ayant désigné la contestation essentiellement par la participation gauchiste, aux moments les plus forts des tangages du Congrès, les dirigeants confédéraux ont cru devoir expliquer la situation ambiante par le complot d'extrême gauche. Pour ne pas avoir à analyser voire expliquer le profond malaise existant à la CGT, la Direction Confédérale et le Bureau du Congrès ont pris des raccourcis qui n'ont pourtant trompé personne, surtout pas les militants et syndicats de base qui se battent sans relâche pour que se reconstitue dans l'action et l'organisation, le syndicalisme de lutte des classes et de masse.

Enthousiastes avant et au début du Congrès, les leaders réformistes, les politiciens de tous bords et les médias allaient devenir beaucoup plus circonspects au terme des débats.

 

A début, la presse titrait (divers quotidiens) :

"Thibault veut révolutionner la CGT !"

"Construction d'un nouvel âge syndical !"

"Thibault veut lancer la deuxième étape de la réforme de la CGT"

"la CGT espère franchir une nouvelle étape"

"Thibault plébiscité par les militants"

"Ce sera historique !" (G. Séguy, Midi Libre, 24.03.03)

"L'évolution de la centrale suscite les espoirs du Parti Socialiste !"

 

Au terme des débats, les titres journalistiques étaient plutôt dubitatifs :

"Des militants doute de la ligne Thibault"

"Le bilan de B. Thibault ne convainc pas toute la CGT

"Le Congrès CGT : forte offensive des conservateurs"

"Thibault à la tête d'une CGT dont la mutation est loin d'être achevée"

"La CGT sur le fil du rasoir"

"Indépendance, renouvellement, ambiguïtés"

 

Les réformistes sont loin d'avoir gagné la bataille du recentrage et d'intégration du syndicalisme européen. Mais le fait que Joël Decaillon, quelques semaines après le 47ème Congrès, ait été élu secrétaire général adjoint de la CES (Congrès de Juin 2003) en tant que représentant de tous les syndicats réformistes de France, marque bien l'acte décisif du "syndicalisme rassemblé" et de l'intégration de la CGT au réformisme et au social libéralisme européen. La CGT se trouve ainsi non seulement comptable et responsable devant ses propres syndicats mais aussi devant tous les autres, adhérents à la CES (CFTC – CFDT – F.O., etc...).

Les potentialités de résistance au recentrage réformiste dans et hors de la CGT existent. Il s'agit de savoir si ces pôles de résistances vont avoir la capacité et surtout la volonté politique de se regrouper dans un front uni pour reconquérir la place forte du syndicalisme de masse et de lutte de classe qu'a constitué historiquement la CGT.

 

 

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Dernière modification : 26 mars 2006