48ème CONGRÈS DE LA CGT
ORIENTATION RÉFORMISTE ET MONTÉE DE L’OPPOSITION
Chaque congrès de la CGT depuis 1995 et l’avènement
officiel du « syndicalisme rassemblé » constitue une étape dans le
processus de liquidation de l’identité du syndicalisme révolutionnaire de
lutte de classes. Au 48ème congrès, une étape décisive a été
franchie. Voilà un congrès dont le rapport d’orientation indigent ne trace
aucune ligne revendicative, aucune analyse de classe de la société capitaliste
(un « vilain » mot absent) et de plus ne contient aucune analyse et
critique de la politique gouvernementale.
Les « propositions » en réalité des vœux pieux
« sociétaux » fixent un cap qui tient davantage du terrain
associatif que du combat revendicatif pour faire reculer le capital et lui
porter des coups en satisfaisant, par les luttes, les revendications vitales du
monde du travail. Le 48ème congrès constitue une accélération
dans la "CFDTisation" de la CGT !
Dans le même temps, muter l’identité historique de la CGT
ne peut se faire en un coup de main. Dans les entreprises, les travailleurs les
plus combatifs restent organisés à la CGT, les actions et grèves locales sont
impulsées par les sections CGT, le plus souvent. De nombreux militants et élus
du personnel cégétistes restent attachés à leur combat de classe quotidien,
parce que d’expérience, ils savent que tous les droits et conquêtes l’ont
été par de amples mouvements de la classe ouvrière, non par des
« propositions alternatives » déconnectées des luttes de
terrain !
La réalité est là pour rappeler, aux JC. LE Duigou,
B. Thibault, M. Dumas,
que la lutte de classe se poursuit au-delà des schémas préétablis sur la
« modernité », qui visent à présenter le capitalisme sous un jour
neutre et incontournable. La société d’exploitation est régie objectivement
par les antagonismes de classe, que la lutte entre exploiteurs et exploités,
est la condition même de l’existence sociale de la classe ouvrière et de l’ensemble
des travailleurs. Ces données expliquent la montée de la résistance et la
poussée de l’opposition favorable à un syndicalisme de classe et de masse, l’avenir
travaille contre le réformisme !
Aider « l’avenir » est la tâche centrale des
syndicalistes révolutionnaires, cela suppose l’adoption d’une stratégie de
luttes revendicatives, une plateforme de combat désignant clairement l’adversaire :
le capitalisme monopoliste et ses gouvernements, l’inscription dans la lutte
contre l’impérialisme, la guerre et le pillage des États du Tiers-monde, l’expression
agissante de la solidarité internationaliste !
Quelques réflexions sur le « syndicalisme
rassemblé ».
Il est nécessaire de préciser derrière un terme qui peut
sembler mobilisateur à certains camarades et qui pourrait sembler impliquer l’unité
d’action comme moteur de la lutte. La réalité montre qu’il n’en est
rien, la ligne confédérale consiste à se rapprocher au sommet des autres
centrales et principalement de la CFDT. Or le pluralisme syndical a une longue
histoire qui reflétait les divergences stratégiques entre centrales, des
positionnements différents quant à l’analyse de la société, au rôle du
syndicat, à la perception des formes de luttes nécessaires. La scission de la
CFTC, à l’origine de la création de la CFDT, indiquait que des travailleurs
influencés par le syndicalisme chrétien voulait se tourner vers une démarche
plus combative et recherchait l’unité d’action avec la plus importante
centrale : la CGT.
En 1968 et au début des années 70, non sans conflits, cette
unité d’action créa les conditions d’une poussée du mouvement gréviste.
L’entrée dans la crise économique profonde, structurelle du capitalisme, les
premiers signes sont palpables à la fin des années 60, mais sont ressentis
durement par les travailleurs dans leur quotidien vers 1973-74, vont entraîner
un recentrage de la CFDT.
La montée de Rocard
au sein du PS qui se fait alors le champion de l’austérité salariale pour
accompagner les mutations de « l’économie de marché » n’est
pas étrangère à l’abandon d’une stratégie revendicative. En 1979, le
congrès CFDT entérine son recentrage, en clair, se range dans le camp de l’adaptation
nécessaire à la mise en place des restructurations. Cela s’est traduit
immédiatement par l’arrêt de toute participation au mouvement gréviste et
par la défense de la politique des divers gouvernements de droite et de gauche
quand ces derniers se sont montrés les applicateurs des décisions des conseils
d’administration des monopoles.
En 1995, ce fut le soutien de fait au plan Juppé
qui liquidait les principes essentiels de la sécurité sociale, en 2003 le
soutien au projet de loi Fillon
entérinant la liquidation de la retraite à 60 ans. Sur ces mesures et bien d’autres,
la CFDT au mépris de toute indépendance syndicale revendiquée, s’est
avérée la courroie de transmission dans le monde du travail, des directives du
MEDEF. La CGT à partir de 1995 va chercher le rapprochement avec cette centrale
« recentrée », consacrée par la participation de Nicole Notat
puis J.Chéreque au congrès de
Strasbourg et de Lille.
De là naît le concept de « syndicalisme
rassemblé » qui a signifié pour la CGT, des concessions de principes sur
son identité, gages redoublés en vue de l’adhésion à la Confédération
européenne des Syndicats (CES). Les conséquences sur la pratique de la CGT ont
été très importantes : Toute lutte est subordonnée à l’approbation
des autres centrales, en clair ce sont les directions les plus
collaborationnistes avec le capital qui décident ou non d’un mouvement !
Bien sûr, cela empêche dans les faits des ripostes de longue durée ou
continuée dans le temps. De plus, la CFDT refusant toute dénonciation
politique d’une réforme, la CGT a infléchi son discours jusqu’à ne plus
jamais mettre en cause globalement une politique gouvernementale donnée.
Ainsi a été liquidé le rôle d’avant-garde syndicale de
la CGT qui, l’histoire l’atteste lançait les mouvements revendicatifs, s’adressant
à l’ensemble du monde du travail et gagnait à l’action les syndicalistes
de base des autres syndicats et parfois sous la pression du « bas »,
les autres directions nationales.
Le « syndicalisme rassemblé » a constitué une
révision générale des positions de luttes de classes. L’organisme mixte
capital/syndicalistes « Confrontations » animé par des monopolistes
comme Francis Mer (ancien
ministre de l’économie du gouvernement Raffarin),
le dirigeant du crédit lyonnais J. Peyrelevade,
l’ancien responsable du CNPF (ancêtre du MEDEF) J. Gandois
et des cégétistes comme JC. Le Duigou,
Maryse Dumas, J. Magnadias,
des hommes politiques comme M. Rocard,
Philippe Herzog (député
européen du PCF) va progressivement orienter l’ensemble de la direction
confédérale.
C’est tout d’abord la reconnaissance du caractère
positif de la « construction européenne » alors que cette dernière
s’est érigée pour les monopoles et par ces mêmes monopoles !Cette
aspiration va se traduire par le processus de rapprochement puis d’adhésion
à la CES qui est le relais, dans le monde du travail, des directives de la
Table ronde des Industriels d’ Europe.
Entrée dans la CES précédée de multiples
« épreuves » pour atteste du « changement » de la CGT,
en clair, l’abandon de son originalité fondée sur le syndicalisme de classe
et de masse.
A l’instar de « Confrontations » crée pour
refuser la « diabolisation du patronat » et promouvoir des
« propositions alternatives », la direction confédérale va
abandonner les repères de classes, traduction de l’antagonisme
capital/travail. Ainsi le document préparatoire puis final du 48ème
congrès élude le mode de production capitaliste de notre société, ignore la
division mondiale entre puissances impérialistes et peuples opprimés, refuse d’analyser
le caractère de classe de l’État et de la politique gouvernementale.
Appelons chat un chat ! La direction confédérale de la
CGT s’est ralliée à une ligne d’aménagement du capitalisme, l’abandon
des statuts fondateurs sur la nécessité de combattre pour une société
débarrassée de l’exploitation capitaliste, pour à terme historiquement
parvenir à la propriété collective et sociale des moyens de production et d’échange,
condition de l’abolition du salariat.
Le théoricien cette ligne réformiste d’aménagement et d’accompagnement :
JC. Le Duigou écrit :
« Le marché, nous le connaissons. Nous cherchons à l’orienter, à le
maîtriser, à le transformer. Nous ne sommes pas pour l’abolir comme cela a
été fait dans l’expérience soviétique » (P.248. Demain, le
changement »).
En pratique toutes les réformes gouvernementales axées sur
le programme stratégique des monopoles constituent un point de départ pour des
propositions alternatives : reconnaissance de la flexibilité avec la loi Aubry,
de la précarité avec les « emplois jeunes », de l’allongement du
temps de travail avec la loi Fillon,
des fonds de pension et de leurs dispositifs, des privatisations rampantes avec France Télécom,
ADP, EDF-GDF, la SNCM, la réforme inégalitaire de la sécurité sociale (loi Fillon).
Concernant la « loi sur l’égalité des
chances », dans son rapport au congrès, Bernard Thibault
réclame non l’abrogation de cette loi, mais « son
aménagement » !
Tous ces éléments pratiques ont entraîné tout d’abord
des reculs revendicatifs, puis l’abandon d’une plateforme revendicative
globale et nationale. Voilà où en est la CGT, après 10 ans de
« syndicalisme rassemblé » !
Les abandons théoriques du « syndicalisme
rassemblé »
Un mot d’ordre a symbolisé ce 48ème
congrès : « relever les défis de la mondialisation » !
Le MEDEF pourrait reprendre à son compte ce mot d’ordre
sans véritable contenu de classe, pouvant même ouvrir le champ à une
interprétation favorable aux entreprises qui elles aussi parlent de
« défi » quand il s’agit de s’affronter à la
« concurrence mondiale ». Aucune analyse des forces sociales et de
leur direction de classe (la bourgeoisie monopoliste) qui mènent le processus d’internationalisation
des forces productives à leur profit ! « Mondialisation » qui
revêt un caractère capitaliste impérialiste et élargit la sphère d’influence
du système d’exploitation, ce qu’ignore la direction confédérale.
Le « syndicalisme rassemblé » s’est traduit
par la perte des repères syndicaux théoriques et politiques. Au 48ème
congrès ni dans le document d’orientation ni dans le rapport du secrétaire
général ne figure la dénonciation de l’exploitation capitaliste, la
direction confédérale forme une génération de militants (et de dirigeants)
dépourvus de toute position de classe, considérant « l’économie de
marché » comme incontournable, la ligne confédérale visant à
améliorer son fonctionnement avec le mythe de l’économie sociale de
marché !
De même, les termes employés dans les luttes dans les
entreprises : licenciements, profits capitalistes, travailleurs
disparaissent du vocabulaire usuel de la direction confédérale, sans parler de
patrons remplacé depuis longtemps par « entrepreneur » !
Les abandons ont aussi une portée non seulement dans les
luttes quotidiennes mais stratégiques. Là où le syndicalisme de classe et de
masse cherchait l’établissement de liens avec les partis révolutionnaires
dont se dotait la classe ouvrière, le « syndicalisme rassemblé »
cultive l’apolitisme, la neutralité vis-à-vis des politiques
gouvernementales, renforce ses liens avec le « social libéralisme ».
Là où la finalité de la CGT était de s’inscrire dans le combat
émancipateur pour l’abolition du salariat, le pouvoir de la classe ouvrière
et des travailleurs, le socialisme avec la propriété collective des moyens de
production et d’échange, la « modernité » consiste à se ranger
aux côtés de l’ordre établi !
Les abandons pratiques du « syndicalisme
rassemblé ».
Le 48ème congrès entérine et accélère une
nouvelle pratique « syndicale ». En plaçant au centre de ses
préoccupations, la « sécurité sociale professionnelle »,
c'est-à-dire la réintroduction du livret individuel de travail, la direction
confédérale accompagne la destruction par le capital des garanties
collectives, en se ralliant à l’individualisation du « parcours
individuel professionnel » !
Ainsi est programmé l’abandon au sommet de la CGT, avec la
pression exercée sur la base, pour transformer le fonctionnement et les
missions traditionnelles du syndicalisme, qui dans le passé ont toujours
privilégié la recherche de gains et acquis collectifs (avec les formes de
luttes correspondantes) comme condition de l’émancipation de l’individu.
Est réhabilité de la part de la CGT, le syndicalisme de
collaboration de classe qui a pour finalité le syndicalisme apolitique de
« service » et pour conséquence le corporatisme : « on
cherche à avoir plus que ses collègues de travail ».
« Continuer la CGT » parle à juste titre d’accompagnement
social de la crise du capitalisme, car les données objectives de la politique
néo-libérale introduisent, chaque jour un peu plus, la flexibilité des
horaires, la variabilité des contrats de travail et statuts, la
« concurrence » entre les travailleurs. Ces phénomènes renforcent
objectivement la division du salariat, favorise l’individualisme au détriment
des intérêts généraux. La direction confédérale loin de lutter contre ce
courant, l’accompagne au contraire et s’y coule même en théorisant sur les
« aspirations individuelles ».
Cette orientation ne tombe pas du ciel et n’est pas l’apanage
de syndicalistes opportunistes, elle a pour racine sociale, la place
déterminante prise à l’échelle confédéral par les cadres, couche
intermédiaire entre travailleurs et patrons. Cette couche sociale a pour
idéologie prégnante : l’ascension individuelle, le respect et l’inscription
dans la division traditionnelle du travail entre dirigeants et exécutants.
Autrefois, quand un cadre rejoignait le combat de la CGT, ce dernier s’affrontait
à la politique patronale et risquait la répression, il adhérait pour partager
le combat de la classe ouvrière.
Aujourd’hui, avec le « syndicalisme
rassemblé », c’est l’ensemble de la stratégie CGT qui est
subordonné aux aspirations des cadres, donc au rejet des luttes collectives
éprouvées : grèves, occupations d’entreprise, au profit du dialogue
entre « partenaires sociaux », des « propositions de gestion
alternative », aux solutions individuelles !
La question de l’appartenance à la CES.
Dans la préparation du congrès, l’exigence du bilan de
cette appartenance a été posée par de nombreux syndicalistes et superbement
ignorée au congrès !
Nous devons remonter aux sources politiques qui ont rendu
possible le ralliement à la CES. Depuis plusieurs congrès, la direction
confédérale s’est rallié à « la construction européenne ». L’organisme
de collaboration de classe et d’intégration aux vues des monopoles
« Confrontations » a joué un grand rôle pour la perte des repères
de classe sur l’Union européenne (UE). Ainsi, comme les politiciens du
capital, on présente cette « construction » comme neutre,
indifférente aux luttes antagoniques entre capital et travail. Tout dépendrait
de la façon dont les travailleurs s’emparent de cet
« idéal » !
Cette position ignore volontairement de rappeler quelle force
sociale conduit, oriente, contrôle la « construction européenne »,
ignore les véritables sources des prises de décisions : la commission de
Bruxelles composée de politiciens désignés pour leur fidélité au grand
capital. Commission de plus, elle-même subordonnée à la Table ronde des
industriels européens, véritable source du pouvoir dans l’UE. L’Europe s’est
construite pour défendre les intérêts monopolistes et eux seuls ! La
dictature de classe des monopoles à l’échelle de chaque pays est relayée à
l’échelle de l’Europe par la dictature des principales multinationales dans
l’UE.
Faire croire qu’on pourrait construire une « autre
Europe » par de simples propositions, par « l’Europe
sociale » est un leurre pour les gogos et naïfs. Ce n’est pas le rôle
d’une grande centrale que de contribuer à obscurcir les consciences, à semer
des illusions qui ne profitent qu’aux adversaires des forces du travail.
Dès lors, que la CGT s’était ralliée au consensus
général des forces réformistes et conservatrices sur la construction de l’Europe,
son adhésion à la CES avait pour but de rendre irréversible cette position,
exigence formulée par le patronat !
La CES n’est ni une centrale ni une confédération. Loin d’être
le reflet d’une coordination des forces en lutte à l’échelle de l’Europe,
coordination nécessaire plus que jamais, la CES est la courroie de transmission
des directives des multinationales européennes, à charge pour elle, d’ « habiller
socialement » ces mêmes diktats patronaux !
L’adhésion à la CES s’est traduite par une perte d’indépendance
de la CGT, de plus en plus obligée de conduire sa politique dans le cadre
défini par la CES et donc en dernière instance soumise aux orientations
monopolistes. Le « syndicalisme rassemblé » est d’ailleurs une
exigence formulée par la CES pour que la CGT ressemble comme une sœur aux
autres centrales françaises : FO, CFDT etc.
Le combat général pour le retrait de la CES passe par la
réaffirmation de l’indépendance de la CGT vis-à-vis du patronat, des
gouvernements et des instances capitalistes européennes !
Sur la prétendue « responsabilité sociale des
entreprises ».
Ce thème est un des fils rouges (si on peut dire) du 48ème
congrès. On sait que « Confrontations » avait popularisé un
nouveau dogme « ne pas diaboliser le patronat ! ». Dans cette
démarche, l’entreprise n’est plus présentée comme appartenant au capital,
mais comme un cadre de vie et de travail « neutre ». Attitude qui
camoufle à peine une bienveillance réelle vis-à-vis des préoccupations
patronales liées à la concurrence féroce.
JC. Le Duigou
ne manque pas de théoriser cette pratique.
« La croissance a besoin d’être confortée et
soutenue » (p.103 opus cité), « qu’une entreprise fasse des
bénéfices n’est nullement condamnable » (p.37). « Il n’est pas
question d’ignorer la contrainte de compétitivité des entreprises. L’idée
« d’interdiction des licenciements » est de ce point de vue ni
réaliste ni ambitieuse. Sa mise en œuvre se retournerait très vite contre les
salariés. Il faut être beaucoup plus ambitieux et créer un droit d’intégration
dans l’emploi » !!!
En somme, le camarade chargé des grandes négociations
nationales, se range aux côtés de l’idéologie de collaboration de classes,
certes en s’inscrivant dans la « confrontation » mais en cherchant
à tout moment la convergence d’intérêts capital/travail autour de la
défense de l’entreprise !
Rappelons ce que l’on enseignait autrefois dans les écoles
syndicales de base et que Le Duigou
a sûrement enseigné autrefois : dans les entreprises, les richesses
sociales en régime capitaliste sont accaparées par le détenteur privé des
moyens de production : capitalistes et actionnaires. Cette propriété de
classe incite les monopoles et tout capitaliste à maximiser ses profits au
moyen de l’exploitation salariale. Ce sont là des lois objectives de
fonctionnement du capitalisme, aucune proposition « alternative » de
Le Duigou et consort n’y
changera rien.
La collaboration de classe a toujours eu pour fondement de
montrer la «dépendance » du travailleur vis-à-vis de son
« employeur » comme on dit maintenant à la direction confédérale
(pour éviter le terme stigmatisant de patron !). Les collaborateurs de
classe prônent pour justifier leurs vues, de prétendus intérêts communs
entre le capital et le salariat. La CGT de Benoît Frachon
avait raison et défendait l’intérêt réel des travailleurs en dénonçant,
tous les plans d’association capital/travail.
Aujourd’hui, ces mêmes plans néfastes pour les salariés
sont portés au pinacle par une direction confédérale ayant perdu tout repère
simplement revendicatif.
Bilan des luttes revendicatives avec le »syndicalisme
rassemblé » .
En 1995, on nous avait promis un syndicalisme plus
« proche », « plus efficace » ! Le bilan atteste du
contraire.
En 95, sur fonds de grèves importantes du secteur public
(cheminots en tête) avec l’assentiment des salariés du privé (la fameuse
grève par procuration), l’objectif central est de repousser le plan Juppé
de liquidation de la sécurité sociale. Le mot d’ordre le plus populaire
Était celui de « retrait du plan Juppé ».
Lors des négociations nationales, le secrétaire général de l’époque Louis
Viannet abandonne tout de suite cette exigence ce qui permet de s’inscrire
dans l’aménagement de cette loi scélérate. Plus aucun obstacle,
malgré un mouvement massif, n’était donc opposé à l’adoption par le
parlement de ce cadre législatif régressif.
En 1997, la direction confédérale de la CGT entérinera la
loi Aubry qui ne suscitera aucun
mouvement revendicatif national. Or cette loi va généraliser la flexibilité
du travail, l’annualisation du temps de travail sous couvert des « 35
heures ». La CGT renonce à sa revendication fondamentale de « 35
heures pour tous, payées 40 ». Des sections locales signent des accords
troquant une certaine baisse des salaires en échange d’une diminution du
temps de travail.
En 2003 : Projet Fillon.
La direction confédérale part des propositions gouvernementales comme point de
départ de la discussion qui exigences patronales oblige, remettait en cause le
droit à la retraite à 55 et 60 ans ! Le capital rallonge la durée
légale du temps passé dans l’emploi, en somme on travaille plus longtemps
pour de plus petites pensions.
Cette loi préparait les conditions pour introduire les fonds
de pension, moyen de maximiser les profits, entraîne une véritable
paupérisation des pensionnés les plus modestes.
Le projet Fillon
constituait un des coups les plus graves donnés par le capital pour détruire
les conquêtes sociales des luttes de classes dans la résistance antifasciste
et à la Libération, victoires qui doivent tant aux orientations de classe et
de masse de la CGT de Benoît Frachon.
La direction confédérale craignant par-dessus tous les
débordements possibles, va appeler à des journées d’action. Bien vite de
nombreux syndiqués et salariés vont mesurer que les actions discontinues sont
impuissantes à faire céder le pouvoir. La revendication d’une grève
nationale reconductible progresse rapidement dans les rangs de la CGT.
A cette pression du bas, correspond la pression du
« haut » sur les instances confédérales. La CES refuse de voir
isolée la CFDT qui a accepté quasi automatiquement le projet gouvernemental.
Le gouvernement s’inquiète et plus tard, un conseiller de Raffarin se
félicitera de l’ »attitude responsable des dirigeants CGT ».
Il y a loin de la coupe aux lèvres, le secrétaire général
mesurera qu’on ne peut satisfaire des intérêts antagoniques. Lors d’un
meeting à Marseille, alors que les participants de la CGT
scandent : « grève générale », le refus exprimé par B.Thibault
lui vaudra d’être copieusement sifflé.
L’absence revendiquée d’une stratégie de convergences
des luttes, en autolimitant l’ampleur à donner aux luttes va occasionner l’adoption
d’un projet destructeur sur le plan social et gravissime pour les
générations à venir.
En 2004, Douste-Blazy
alors ministre de la santé prépare un projet sur la protection sociale. Ce
projet renforce l’austérité en matière de dépenses de santé en accentuant
la taxation des salariés dans des proportions encore plus élevées (75 %des
revenus de la sécu), la CGT certes condamne le projet mais s’inscrit dans les
groupes de réflexion et refuse d’appeler aux luttes et grèves pour défendre
la protection sociale !
Concernant le changement de statut des entreprises publiques
EDF et GDF, la confédération et la direction de la fédération de l’énergie
refuseront de déclencher un mouvement d’ampleur et continu alors que ces
entreprises jouissent d’une grande popularité dans l’opinion.
Elles se contentent de « journées d’action »
à caractère symbolique. L’essentiel se passe dans la coulisse et les
tractations avec Sarkozy pour
trouver un « compromis ». La CGT se rallie au principe de l’actionnariat
des salariés, à l’ouverture du capital (le privé entre à hauteur de 30 %)
et à la transition à la libéralisation des services de l’énergie. La
privatisation est en marche !
Pourtant la direction de la fédération CGT de l’énergie
avait été brutalement rappelée à l’ordre par les électeurs et la
majorité des militants CGT lors du référendum sur la modification du régime
particulier de retraites. Nul n’ignore que le secrétaire général Cohen
faisait voter pour le OUI en sous-mains !
Là aussi, la direction confédérale a refusé toute
généralisation du mouvement pour la défense des services publics de l’énergie
et du gaz. Des comités usagers/travailleurs ont été impulsés localement sans
être relayés par la confédération, bien sûr nous ne savons si le rapport de
forces aurait été suffisant pour obliger Sarkozy
et le gouvernement à des reculs sensibles, par contre en ne tentant rien, on
est sûr d’entériner les réformes voulues par le capital !
En 2005, c’est l’année du référendum sur le projet
constitutionnel européen.
On sait que la CES fut consultée et s’est engagée
fortement pour l’adoption d’un projet régressif, réactionnaire,
impérialiste qui visait à rendre incontournable par le poids de sa seule
légalité, la politique néo-libérale en Europe.
La direction confédérale, dans le sillage de la CES, va
devoir manœuvrer pour susciter l’adhésion ou à défaut la
« neutralité » des syndiqués et salariés à ce projet. En effet,
la CGT avait été une des pièces maîtresses du NON au référendum de
Maastricht.
Le coup d’envoi de cette campagne qui ne dit pas son nom,
fut la tribune libre dans « Le Monde » de deux hauts responsables
cégétistes siégeant dans les organismes dirigeants de la CES. Leur prise de
position était favorable au traité constitutionnel sous l’angle des
« avancées » et du « terrain à investir pour les forces
syndicales » !
La direction a lancé une première salve, la base reste peu
convaincue. Alors la tactique de la direction confédérale est confrontée à l’exigence
croissante du débat, d’appeler les militants à lire et étudier le document,
avec un leitmotiv : « On n’a pas vocation donner une consigne de
vote politique ! »Lors des assemblées de militants, lorsque des
camarades appelaient à rejeter le traité, aussitôt les émissaires de la
direction affirmaient : pas de précipitation, il faut étudier un texte
complexe ! Là où le terrain était plus favorable à leurs vues, les
dirigeants n’hésitaient pas à parler « des potentialités à investir
avec le traité et les droits nouveaux qu’ils proposent » !
En somme la ligne d’aménagement du système capitaliste
avait bien la préférence de la direction confédérale.
Ce fut vain, les camarades à la base, toujours plus nombreux
dénonçaient le traité et exigeaient une prise de position claire de la
confédération.
Le CCN du 3 février allait se faire l’écho de cette
aspiration majoritaire à la base. Le CCN se prononce à une large majorité
pour « le rejet du traité » ! Le bureau confédéral non
seulement est mis en minorité mais condamne par voie de presse, la position
prise ! Singulier acte d’indiscipline de ceux qui sont censés veiller à
l’application des décisions prises !
Ensuite, cette décision du CCN restera lettre morte pour le
bureau confédéral, aucun haut responsable n’intervient pour appeler au rejet
du traité. Certains « à titre personnel » s'engagent même pour
son adoption.
La démocratie syndicale serait-elle à géométrie variable
selon que l’on est « puissant » ou pas ?
Pire, la NVO (si peu « ouvrière ») va trouver le
moyen de consacrer un numéro, pendant la campagne référendaire, à « l’Europe ».
dans ce journal, se trouvent tous les thèmes "eurocratiques" visant
à rallier les forces du travail à la gestion de l’Europe capitaliste.
Autres preuves de la position antidémocratique prise par le
bureau confédéral, aucun dirigeant ne s’est impliqué durant la campagne
référendaire, nulle protestation quand la CES va faire campagne aux côtés du
MEDEF, de l’UMP, du PS social libéral ! La CGT aurait-elle eu alors une
« vocation à donner une consigne de vote » pour le OUI ?
On mesure l’hypocrisie des arguments avancés par les
dirigeants réformistes.
Bernard Thibault
interviewé à quelques jours du scrutin, lance cette phrase « de
gauche » : « de toute façon, OUI ou NON, les revendications
fondamentales vont demeurer ». Ce n’est pas faux dans l’absolu, mais
ce rappel visait à susciter l’abstention pour freiner la progression du NON
et ne rappelait pas que le traité constitutionnel tournait le dos à nombre de
revendications fondamentales !
La victoire massive du NON, malgré la mobilisation de tout l’appareil
d’État et des médias à leur service y compris les grands chefs de toutes
les églises, montraient bien que le CCN (sur la base des actions et positions
des militants) avait bien saisi globalement les enjeux et permis à la CGT de ne
pas se couper définitivement du monde du travail !
A contrario, cela aurait du provoquer une vague de censure à
l’encontre de dirigeants confédéraux, tellement intégrés aux vues et
exigences du système capitaliste et de ses besoins d’aménagement, qu’ils
ont perdu tout véritable lien avec le peuple travailleur.
La direction bien sur, n’éprouva pas le besoin de se
livrer à la moindre autocritique !
Malgré le coup de semonces reçu, les forces monopolistes et
leur commis Villepin allait
poursuivre la stratégie de destruction des acquis sociaux, politique rejeté
lors du référendum.
L’été est adopté le CNE qui organise la précarité
aggravée pour les salariés des entreprises de moins d 10 salariés. Pas de
protestation majeure, Villepin s’est
cru conforté pour préparer la généralisation de cette sur précarité avec
le CPE.
Le 4 octobre se déroule une puissante journée d’action,
reflet du mécontentement et de la colère croissants. Aucune suite n’est
donnée par la confédération !
Au même moment pourtant, les travailleurs de la SNCM luttent
pour le maintien de leur entreprise dans le service public à 100 % sans
ouverture du capital, rien n’est fait pour appeler à la solidarité avec les
SNCM. On verra pourquoi, en réalité. En effet, très rapidement, la direction
confédérale va opter pour cette ouverture du capital, en fixant un seuil au
capital public qui ne cessera de baisser au fur et à mesure de l’entêtement
de Villepin. Ouverture qui comme
pour toutes les entreprises publiques signifient en réalité : processus
de privatisation rampante.
Après l’occupation du « Pascal-Paoli » par les
marins du syndicat des travailleurs corses, le gouvernement va utiliser pour la
première fois depuis 1947, le recours à des unités militaires pour briser ce
mouvement et arraisonner le bateau. Non seulement, aucun appel unitaire n’est
lancé à la solidarité contre la répression syndicale, mais pire, le même
jour, Bernard Thibault seul,
décide de rencontrer le premier ministre pour lui faire de nouvelles
propositions !!!
Rappelons aux plus jeunes d’entre nous, qu’autrefois dans
les écoles de base de la CGT, on délivrait cet impératif : ne jamais se
rendre seul dans un entretien avec le patron ! Cette rencontre avait pour
but « de trouver une sortie honorable au conflit », décodage :
mette fin à la grève qui gênait la confédération, par la combativité
exemplaire des marins, bien peu représentatifs du « syndicalisme
rassemblé » !
Idem, pour la lutte des salariés de la RTM (régie des
transports marseillais), qui ne bénéficieront que de la solidarité des
véritables syndicalistes de classe. Pour empêcher la colère massive de ses
adhérents, l’appareil confédéral lance toutes sortes de bruits pour opérer
diversion. L’auteur de ces lignes, a été le témoin à Marseille, lors d’une
manifestation de solidarité avec la SNCM (à la fin du conflit, avec la brève
présence de B.Thibault), d’une
conversation avec un responsable du syndicat CGT des électriciens. Ce dernier
répondait à la lecture de notre tract , dénonçant l’abandon des SNCM
et du service public, en disant que de « source sûre », la
confédération avait passé un compromis acceptable, « lâchant la SNCM
avec des garanties, contre le maintien du service public d’EDF !
Je ne sais, si les yeux de ce camarade se sont ouverts, mais
je pense qu’il doit mesurer combien il a été dupé, par l’appareil
bureaucratique qui n’a qu’une pratique : empêcher le prise de
conscience de sa politique d’accompagnement et de collaboration avec le
capital.
Cette fonction de duperie permet de faire avaliser, bon gré,
mal gré, l’ensemble des capitulations nécessaires à la mise ne place des
réformes réactionnaires.
2006. Le 4 février, la CGT et les autres centrales lancent
un journée d’action dénonçant certes le CPE, mais sans relier cette
dénonciation à la totalité de la « loi sur l’égalité des
chances » : CN, apprentissage à partir de 14 ans, précarité
généralisée et obligatoire pour toute la jeunesse. Il est probable que la
confédération veut témoigner de son opposition au CPE mais juge que son
adoption est inévitable. Maryse Dumas
l’affirme, contre ceux qui appellent dès le début à une extension et à une
continuité de la lutte, « la grève générale n’est pas nécessaire et
serait même improductive » !!!
Le pouvoir ne manque pas d’interpréter ces signaux et va
maintenir l’ensemble du dispositif.
C’était sans compter sur la combativité, la créativité,
la radicalité du mouvement étudiant et lycéen, qui va mobiliser et gagner à
la grève faculté après faculté. Le mouvement étudiant découvre les formes
éprouvées de la lutte de classes : occupations de bâtiments, piquets de
grève, recherche de la solidarité avec la population, actions « coups de
poing ».
La confédération rassurée par la position similaire des
autres centrales, notamment de la CFDT va organiser trois « temps
forts » mais refusera tout appel à l’extension et à la
généralisation du mouvement en l’orientant sur le refus de toute
précarité.
L’annonce du retrait du CPE constitue une indéniable
victoire, la jeunesse a mesuré qu’on pouvait faire reculer les gouvernements
par des luttes massives et d’ampleur, s’est éveillée à l’anticapitalisme,
c’est là une grande expérience. La solidarité intergénérationnelle et de
classe s’est manifestée comme le montre le succès des manifestations et
journées de grèves dans le public mais aussi les entreprises privées.
Cette victoire de la lutte anti- CPE, à laquelle les
militants CGT ont contribué, a constitué une aubaine, pour une direction
confédérale qui a pu camoufler son désastreux bilan depuis 10 ans de
« syndicalisme rassemblé ».
Villepin
mesure bien les évolutions prises par la CGT. Tout au long du conflit, il
mènera fermeté sur le CPE et ouverture envers la direction confédérale en
évoquant régulièrement dans ses allocutions, la nécessité de la
« sécurité sociale professionnelle »,notamment dans sa dernière
(avant l’annonce du « retrait ») où il proposait des
« négociations aux partenaires sociaux » pour aménager le CPE,
notamment sur la période d’essai.
La CGT fut la dernière à répondre négativement, est-ce du
à un débat interne, certains étant alléchés par la discussion sur la
sécurité sociale professionnelle ?
L’ampleur, la détermination et la radicalité du mouvement
de la jeunesse ont exercé une pression constante sur les appareils syndicaux
réformistes. Quiconque aurait trahi ouvertement le mouvement, risquait outre le
discrédit, la perte massive d’adhérents, semblable à celle vécue par la
CFDT en raison de sa trahison en 2003, lors son acceptation de la loi Fillon.
QUE FAIRE ? RÉFLEXION SUR UNE STRATÉGIE DE LUTTE DE CLASSE.
Le « syndicalisme rassemblé » place au centre
comme la CFDT recentré, la négociation (sans avoir au préalable construit le
rapport de forces nécessaire pour la victoire des travailleurs.
Quand les propositions avancées par une centrale sont
réellement favorables aux intérêts des travailleurs, elles n’ont aucune
chance d’application par ce que la direction confédérale appelle aussi les
« partenaires sociaux ». Le syndicalisme est indissociable de l’action
de masse, de la recherche de la solidarité de toute la classe, sa forme la plus
éprouvée reste la grève, car elle seule touche les intérêts financiers des
capitalistes.
La direction CGT s’appuie et encourage les reculs de
conscience de classe, liés à l’absence d’un véritable parti ouvrier
marxiste révolutionnaire, pour au nom de « la diversité politique des
adhérents », abandonner l’analyse de classe donc politique, des
réformes entreprises par les divers gouvernements au service des monopoles.
Ainsi, la « nouvelle ligne » consiste à partir des réformes
proposées (toutes favorables aux intérêts d’argent) pour à coups de
propositions, tenter de les aménager. Dans cette optique, la grève n’est
envisagée comme ultime recours, sous forme de journée d’actions, pour peser
sur les discussions.
Le mouvement syndical privé d’anticipation, est amené à
se placer exclusivement sur le terrain voulu par le capital, celui des
destructions d’acquis sociaux !
Si le gouvernement n’avait pas touché aux retraites ou à
la durée légale du temps de travail, la CGT n’aurait jamais bougé sur ces
questions. En clair, la ligne maximale est au mieux de défendre ce qui
existe ! nullement d’engager la lutte effective avec les moyens
appropriés pour de nouveaux droits et acquis. Le « syndicalisme
rassemblé » gère l’état existant, ce qui fait la force de FO,
arc-bouté sur la défense des acquis, sinon aménage les réformes
réactionnaires (aménagement au demeurant minimal).
La tâche du syndicalisme révolutionnaire à reconstruire
est de partir des besoins populaires recensés, des aspirations et de les
synthétiser en revendications.
Ensuite, le syndicalisme révolutionnaire doit populariser
ses mots d’ordre, diffuser une conscience de classe basée sur la
compréhension de ce fait incontournable : les intérêts du patronat, de
la classe capitaliste sont contraires à ceux des travailleurs. L’idée d’une
communauté d’entreprise est une duperie et un mensonge, profitable aux
apôtres de la collaboration de classe qui ne servent que les intérêts de
leurs maîtres monopolistes !
Dans chaque entreprise, les syndicalistes révolutionnaires
doivent être les meilleurs défenseurs de la démocratie ouvrière, des
décisions prises dans les assemblées générales des syndiqués et
non-syndiqués, avec le travail de conviction pour que ces derniers s’organisent.
Les syndicalistes révolutionnaires ne peuvent s’en tenir
à la lutte dans leur seule entreprise, ils doivent populariser, organiser le
soutien financier et militant avec les travailleurs des entreprises en grève,
faisant reculer ainsi, le corporatisme qui consiste à « essayer d’avoir
des gains » au détriment de l’ensemble de la classe.
L’expérience actuelle montre alors que partout dans le
monde, l’oligarchie financière conduit le même néo-libéralisme, que n’existe
plus à l’échelle internationale un contrepoids au capitalisme comme l’a
constitué l’URSS et le camp socialiste qui exerçait une pression constante
sur le capital et l’obligeait à des « concessions sociales » sous
peine de « contagion révolutionnaire », on ne peut plus gagner des
conquêtes sociales sur la seule base de sa seule entreprise. Toutes les luttes
partielles ont été vouées à l’échec, les délocalisations ou les
privatisations réalisées avec les drames humains afférents.
Idem, pour s’opposer aux réformes réactionnaires qui font
qu’actuellement, les salariés vivent plus mal qu’au XXème
siècle , travaillent plus longtemps, ne connaissent pas la garantie de l’emploi
durable. L’expérience acquise mais rejetée par la direction confédérale en
1995, 2003 et depuis atteste qu’on ne peut gagner avec des seules journées d’actions
espacées qui plus est dans le temps.
Les syndicalistes de lutte de classes, principalement de la
CGT mais pas uniquement doivent organiser leurs retrouvailles. « Continuer
la CGT » a été la première association à dénoncer le réformisme des
orientations de la CGT officialisé en 1995, à proposer une ligne alternative
à celle de la confédération. Maintenant, des UL, UD, syndicats nationaux,
nouvelles associations défendant le syndicalisme de classe et de masse ont
rejoint ce combat. CLCGT propose que nous nous réunissions en forum pour la
défense du syndicalisme de lutte de classe, pour la défense du travail contre
le capital et la collaboration de classes.
Car, c’est tous ensemble, que nous pouvons contribuer dans
nos entreprises, dans nos syndicats respectifs, à réfléchir sur les formes de
luttes nécessaires, sur l’interaction solidaire et militante, à agir pour
que l’aspiration à la grève générale se transforme en réalité afin de
sauvegarder nos droits mais aussi en gagner de nouveaux. Tous ensemble, nous
pouvons construire l’opposition unifiée des syndicalistes fidèles aux
traditions CGT de syndicalisme de classe et de masse
Le syndicalisme doit s’inspirer des actions de la jeunesse,
remettre à l’ordre du jour : les occupations d’usine, les piquets de
grève, les actions en dehors de l’entreprise, le soutien aux luttes
nationales et internationales. La question financière est de première
importance, toute lutte gréviste doit bénéficier des campagnes de
solidarité, des collectes d’argent et de vivres dans la population. On doit
réfléchir sur la façon de conduire la grève générale pour un
« moindre coût », organiser des mouvements région par région en
alternance avec des temps forts à l’échelle de tout le pays. Le but de la
grève est de désorganiser le capital, d’exercer une pression économique et
financière sur lui et le pouvoir pour qu’ils soient amener à céder aux
revendications des salariés. La grève est aussi le moyen pour poser à l’échelle
de la nation, les questions sociales stratégiques par exemple sur les causes du
chômage, sur les conséquences des privatisations, sur les profits énormes des
champions du « CAC 40 »
L’expérience de la jeunesse, des « anciens »
est là pour le rappeler, seule la lutte paie !
« Prolétaires de tous les pays,
unissez-vous ! », ce rappel est plus que jamais nécessaire à l’heure
de la « mondialisation » impérialiste. Les données objectives
liées à des phénomènes comme les délocalisations ou la « concurrence
entre travailleurs » liés à la formidable inégalité des salaires ne
doit pas susciter un repli frileux hexagonal, ni un repli sur la construction de
l’Europe capitaliste précisément fondée sur l’inégalité de
développement entre pays, les plus riches le sont du pillage de l’économie
des plus faibles. La solidarité et les revendications doivent s’internationaliser
pour tirer vers le haut, l’ensemble des conditions de travail et de
rémunération.
Continuer la CGT s’est opposé à la rupture en 1995 avec
la FSM. Non pas que cette structure ne soit pas sans défauts, mais l’aspect
principal de cette Union internationale est qu’elle regroupe des ouvriers de
tous les continents, qu’elle permet la liaison internationaliste contre l’impérialisme,
que ses références identitaires sont celles du syndicalisme de lutte de
classes.
On sait que la fédération agro-alimentaire est restée
membre de la CES, son exemple doit être popularisée, la question de la ré affiliation
à la FSM et de la rupture avec la CES, comme avec la nouvelle centrale
internationale à dominante chrétienne, soumise à l’impérialisme américain
et à l’UE doit être posée de pair.
Lutte ou collaboration de classes ? Il n’est pas de
juste milieu, ceux qui se targuent de modernité n’ignorent pas que les lois
du capitalisme sont toujours les mêmes : oppression et exploitation
salariale, pillage des richesses produites par la classe ouvrière et les
travailleurs, contre la bourgeoisie monopoliste et sa dictature de classe de l’entreprise
à l’État, l’expérience, les leçons des succès antérieurs montrent qu’il
n’est pas d’autre solution pour infliger des reculs au capital, dans les
luttes quotidiennes, que d’armer les forces du travail pour que renaisse le
plus rapidement possible une CGT de lutte de classes !