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REALITES DU CHOMAGE ET DE L'EMPLOI

Paris le 15 novembre 2002

 

Chômage : modifier l’affichage statistique ne modifie pas la réalité vécue !

 

Chiffrer le chômage est un enjeu de société (Cet article s’inspire d’une note de l’association CERC consacré au sujet en février 1997).

Les instruments de mesure ainsi que leur étalonnage constituent des nœuds d’entrée pour influencer les résultats statistiques eux-mêmes et, surtout, pour baliser les champs d’interprétation permis : c’est-à-dire autoriser certaines descriptions et analyses, mais aussi en interdite certaines autres. Les gouvernements de droite et sociaux-démocrates ne se sont pas privés de façonner les instruments de lecture du chômage. Il importe donc, en permanence, de mettre en regard la pertinence des indicateurs construits avec leurs usages et finalités. C’est comme dans la plupart des rapports dits « d’experts » ou qualifiés (parfois pompeusement) de techniques : il est toujours vigilant de commencer par voir…ce qu’il ne contiennent pas.

 

Pour le gouvernement : la bonne mesure du chômage et un chiffre officiel :

 

∙ Deux sources statistiques principales sont utilisées pour la mesure du chômage. La 1ère : l’ « enquête Emploi », menée en mars de chaque année par l’INSEE auprès de 70 000 ménages (environ 150 000 personnes de 15 ans ou plus). Les enquêteurs utilisent la définition du BIT pour saisir le chômage. La 2ème : les données administratives mensuelles des demandeurs d’emploi de l’ANPE (statistiques de fin de mois dites DEFM). La définition du BIT est très restrictive : il suffit d’avoir travaillé 1 heure dans la semaine précédant l’enquête pour ne pas être comptabilisé comme chômeur. D’ailleurs, le nombre de demandeurs d’emploi (DE) au sens ANPE a rarement coïncidé avec le nombre de chômeurs au sens BIT : systématiquement plus de DE (Bien entendu, il y a des chômeurs au sens définition du BIT qui ne sont pas inscrits à l’ANPE. Voir paragraphe suivant.) que de chômeurs et l’écart peut atteindre le million de personnes.

∙ Parmi 8 catégories de DEFM, chômeurs au sens ANPE, le ministère en charge de l’emploi, a choisi le nombre de DE de la catégorie 1 comme étant l’indicateur officiel du chômage. Ce sont les 3 millions de personnes qui recherchent un travail à temps plein, sont disponibles sur le champ et vivent en métropole.

 

Des oubliés du chômage officiel pour rendre le chômage moins visible

 

∙ Il y a d’abord tous ceux qui ne se déclarent pas comme DE parce que découragés par la dégradation du marché du travail. Leur nombre n’est pas négligeable quand on y ajoute les nombreuses femmes classées au foyer, 6 sur 10, et qui aimeraient travailler, souvent pour cause d’insuffisance de revenus du ménage ! L’ANPE fait observer d’ailleurs que nombre d’emplois créés sont occupés par des personnes qui n’étaient pas inscrites comme DE.

∙ Les DE des DOM-TOM (entre 100 et 150 000) n’apparaissent nulle part mais sont publiés séparément dans les documents officiels de l’INSEE.

∙ Certains DE sont dispensés de recherche d’emploi. Cette catégorie de DE dite des DRE a été créée en 1985. Ce sont entre 250 et 300 000 personnes DE jugés trop vieux pour retrouver un emploi ; ils sont toujours indemnisés dans les nouvelles conditions du PARE, c’est-à-dire des conditions de plus en plus dégradées. Le nombre de chômeurs indemnisés en dessous du SMIC est en forte augmentation.

 

N’apparaissent pas non plus dans le chômage officiel :

les personnes ayant déjà un emploi mais qui en cherchent (Pour emploi inadéquat : sur ou sous-qualification professionnelle, travail excessif, faiblesse des revenus, emploi précaire, horaires mal commodes, difficultés de transport,…), (entre 150 et 200 000 personnes)

celles qui ne sont pas disponibles immédiatement (un peu plus de 150 000) et 

celles qui recherchent un temps partiel (plus de 400 000 personnes classées dans les catégories 2 et 7). Pour le gouvernement, chercher un temps partiel n’est pas du chômage, mais occuper un temps partiel est un vrai emploi !

Le groupe le plus important des exclus du chômage officiel, pas loin de 500 000 personnes, est celui des « chômeurs salariés » dans les petits boulots. Ils sont classés depuis 1995 dans la catégorie 6 des DE dite à « activité réduite ». Cette catégorie regroupe des DE ayant travaillé plus de 78 heures dans le mois qui précède l’inscription. Ce ne sont pas des salariés à mi-temps. Mais même cette situation peut être difficile à trouver, et donc, chaque mois, l’ANPE est contrainte de reconnaître environ 1/3 de cette catégorie 6 comme « chômeurs officiels » et de les transférer dans la catégorie 1.

 

Le chômage a baissé mais le nombre de chômeurs exclus du chiffre officiel a augmenté

 

En réalité, le chiffre officiel du chômage représente à peine 60 % de l’ensemble des personnes en recherche d’emploi. La part des DE hors statistique officielle est passée de 8,6 % en 1981 à 25,3 % fin 1996 et atteint 42 % fin 2000.

Ainsi conçu, le calcul autorise le gouvernement à pérorer sur la baisse du chômage et la création d’emplois. Par exemple, sur la période 1997-2000, il y a bien eu un fort volume d’emplois créés et une décrue sensible du chômage… officiel. Mais, durant la même période, toutes les autres catégories de demandeurs d’emploi ont fortement augmenté, y compris celle des DRE . Au total, le nombre hors statistique officielle a crû de plus 500 000 personnes, presque autant que la baisse affichée par l’indicateur officielle (-580 000 personnes dans la catégorie 1).

Il faut ajouter que les procédures administratives d’enregistrement contribuent à faire baisser les statistiques. Le « peignage » des listes ou la « toilette » des fichiers, sur consignes au personnel de l’ANPE et des ASSEDIC n’est pas une vue de l’esprit :

Nombre de demandeurs d’emploi qui recherchent une formation ou stage, sont « sortis » de la catégorie 1 après entretien.

Les DE sont automatiquement radiés s’ils ne répondent pas dès la 2ème convocation. C’est le cas des jeunes qui n’ont jamais travaillé et donc ne sont pas indemnisés. Ils estiment que l’ANPE ne leur apporte rien. C’est le cas également des chômeurs de longue durée qui n’ont pas répondu aux convocations du programme « nouveau départ ».

 

Des chiffres qui ne trompent pas sur la hausse du chômage

 

Le nombre de suppressions d’emplois ne diminue pas. Ces suppressions sont souvent annoncées par voie de presse pour devenir aussitôt effectives. Elles sont pudiquement appelées « plans sociaux » (Le gouvernement actuel vient d’en assouplir les procédures : les mesures de licenciement seront plus faciles et les priorités de licenciement ne sont plus des critères sociaux des travailleurs mais leurs qualités professionnelles. Par ailleurs, les patrons, en licenciant par vagues, évitent les frais requis légalement à ces plans et déclenchés à partir de 10 licenciés . C’est le cas d’AXA en 2000 quand il a racheté l’usine Titanite.) ou «  plans de restructuration ».
Le nombre de bénéficiaires du RMI est toujours en croissance : environ 1 million de « bénéficiaires » auxquels s’ajoutent leurs ayants droits (enfants, conjoints,…)

La précarité structurelle de l’emploi : plus de la moitié des offres sont des emplois occasionnels :

40 % travaillent 1 à 6 mois et 20 % moins de 1 mois

. Dans les emplois nouvellement créés, 50 % sont des CDD et le CDI tend à se raréfier.

. Le recours à l’intérim est devenu massif. De nombreuses et grosses entreprises fonctionnent avec plus de 20 % des effectifs en intérim : cas de l’usine LU d’Évry (groupe DANONE) et du futur (courant novembre) centre de tri de La Poste à Corbeil dans l’Essonne (le plus grand et le plus moderne d’Europe).

· La durée moyenne du chômage se rallonge (plus de 16 mois en moyenne) et la part du chômage de longue durée dans le chômage total ne baisse pas : toujours aux alentours de 1/3.

 

Tout cela conduit à construire d’autres mesures statistiques qui prennent en compte le caractère de masse du chômage. On devine l’impact de ces considérations sur le « bon chômage », celui pour lequel l’ État prévoit une indemnisation, par ailleurs insuffisante, et le « mauvais chômage »qui serait laissé à la seule responsabilité individuelle. Ainsi l’Etat capitaliste fait bien ses comptes : un peu pour pas grand monde et quasiment rien pour presque tout le monde !

Le syndicat patronal (le CNPF devenu MEDEF), en collusion avec les gouvernements, s’est bien battu pour introduire les notions « d’employabilité », de « compétences ». L’objectif est de recentrer la responsabilité du chômage sur la personne alors que les patrons et l’Etat lui-même participent à la précarisation du travail (« flexibilisation moderne » pour le patronat), au développement du temps partiel et des emplois à bas salaires.

Dans le même temps et sous la contrainte des luttes syndicales, l’Etat capitaliste et la Commission de Bruxelles (via le Fonds social européen) mettent en place des politiques de gestion du chômage appelées perfidement « politiques publiques d’emploi ». Celles-ci ne font qu’agir sur le volume du chômage (nombre de CES, de CEC et autres emplois précaires autorisés et financés) ou sur la structure du chômage (mesures ciblées pour les jeunes, les femmes, les handicapés,…) ou encore sur le « coût du travail » (abaissement des charges patronales).

 

Cette distinction opérée entre l’armée de réserve de la catégorie 1 des chômeurs, et l’armée de réserve supplémentaire des autres catégories permet aux capitalistes d’accentuer la pression, d’une part, sur les salaires et conditions de travail des salariés, et , d’autre part, sur les chômeurs eux-mêmes : il y a 1 personne à la recherche d’un emploi quand 6 personnes en ont un relativement stable (C’est le rapport entre le nombre de personnes à plein temps (environ 19 millions) et le nombre officiel de chômeurs (3 millions).)  et il y a autant de chômeurs non reconnus comme « officiels » qu’il n’y en a de déjà reconnus.

 

La question de la lutte contre le chômage est décidément une question de lutte des classes parce qu’elle implique des choix de classe. Pour la résoudre, non seulement, on ne peut éluder la prise en charge des besoins sociaux en matière d’emploi, mais, surtout, on ne peut satisfaite à la fois les patrons capitalistes et la masse des salariés.

 

Les solutions ne peuvent résider que dans la perspective de la socialisation des moyens de production et d’échange, et non dans l’illusion de l’aménagement d’un capitalisme plus humain. C’est dans cet objectif que se battent les militants de CL – CGT

 

Paris, le 15/11/2002

 

 
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Dernière modification : 27 juillet 2003