« Pour un Syndicalisme de Lutte de Classe et de Masse

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IIème Conférence Syndicale Internationale

ANNECY les 28, 29, 30 septembre et 1er octobre 2000

CONCLUSIONS

Roger NADAUD, animateur du Collectif National

« Continuer la CGT » - France -

Cher(es) Camarades,

Cette IIème conférence internationale syndicale s’achève avec, je crois, un bilan positif et encourageant pour l’avenir, malgré les difficultés auxquelles la commission d’organisation a été confrontée et où la délégation française a été particulièrement mise à l’épreuve.

Je ne reviendrai pas dans les détails sur la lâcheté avec laquelle les dirigeants de la CCAS, sous la pression des apparatchiks réformistes de la CGT ont rompu le contrat de prêt qui nous liait, pour la tenue de notre conférence, au centre de vacances des personnels EDF-GDF de Morillon (Haute-Savoie).

Cette rupture unilatérale de la CCAS à moins d’un mois de la conférence, après avoir encaissé un chèque de réservation de 11 080 francs depuis le début juin, était un acte prémédité, délibéré, dans le but évident de casser la conférence et nous obliger ainsi à l’annuler.

Mais, tout militant révolutionnaire qui se respecte ne renonce jamais. Et en moins de trois semaines (la lettre de rupture du contrat du Président de la CCAS nous est parvenue le 2 septembre) nous avons relevé le défi et récupéré notre conférence, au grand dépit, n’en doutons pas de nos apprentis fossoyeurs.

Le 2 septembre dernier, à Strasbourg, la commission internationale d’organisation (2) prenait la décision de porter l’affaire devant les tribunaux en raison des préjudices matériels et moraux subis, tant pour les délégations syndicales de France que de celles des pays étrangers (3).

Nos camarades syndicalistes des pays étrangers présents ou représentés à cette conférence auront ainsi, une image saisissante de ce que peut devenir, à un moment de son histoire, une organisation syndicale de lutte comme la CGT quand elle est pénétrée, noyautée, et ses dirigeants corrompus par la bourgeoisie capitaliste.

Ainsi la CGT d’aujourd’hui - plus exactement ses structures dirigeantes à la légitimité parfois usurpée - est elle assimilable à ce syndicalisme de compromission avec le Capital, que les délégués à cette conférence ont stigmatisé et condamné, tout au long des débats.

Et bien ! Malgré toutes ces difficultés notre conférence a connu un énorme succès, avec 16 pays représentés physiquement, dont l’énumération a été faite hier (4), mais qui aurait pu être d’une plus grande ampleur encore, si tous les délégués de certains pays adhérents à l’Appel avaient eu les moyens de venir.

Le nombre de délégués participants à la conférence s’établit à 210 dont treize camarades de Haute-Savoie qui tout en étant délégués ont assuré, avec notre Camarade Hélène, le bon fonctionnement des services de restauration - bar - transport, etc... durant tous nos travaux. Je pense qu’on peut les applaudir et leur demander de venir à la tribune. (Ovation des délégués, debout).

Dans nos informations écrites, sur le compte-rendu de la conférence, nous pourrons compléter par des éléments particulièrement intéressants sur la composition de la conférence, montrant la multitude et la diversité des corporations représentées, en même temps que les responsabilités militantes des participants.

Nous pouvons nous féliciter par ailleurs d’avoir atteint un des objectifs de la conférence, à savoir, l’ouverture à des représentants de l’enseignement, de la FSM (représentée par le camarade POLYVIOS), des petits exploitants familiaux agricoles (qui se battent contre le grand Capital) représentés par le camarade R. MINEAU, de militants étudiants etc...

Je ne vais pas revenir sur tous les débats de cette conférence, non plus que les décisions prises ce matin avec la ratification unanime de la Résolution finale et son annexe fixant la création d’un Comité de Coordination International. Ces décisions prises dans le prolongement des orientations de la Ière Conférence d’Oren, l’an dernier, constituent un incontestable progrès. Elles peuvent s’avérer historiques.

A présent, je voudrais aborder brièvement quelques éléments qui ont été au cœur des débats de cette conférence.

Les travailleurs, mais aussi d’une façon plus générale les masses laborieuses, sont au centre des affrontements de classe dont les formes et les effets, bien que différents d’un pays à l’autre, voire au sein d’un même pays, sont une réalité concrète, évolutive.

Tout au long des débats, les intervenants ont montré très justement que la solidarité des travailleurs est un élément décisif du combat de la classe ouvrière contre la bourgeoisie capitaliste. Ce n’est pourtant pas si simple, surtout dans une période où la contre-révolution a joué et continué de jouer un rôle destructeur des idées progressistes et socialistes. La solidarité internationaliste du monde du travail est toujours l’objet de la plus grande préoccupation de la Bourgeoisie, qui n’hésite pas, quand il y va de ses intérêts et de ses privilèges, à intervenir par tous les moyens afin de dévoyer ou réprimer toute velléité révolutionnaire.

Or, la période que nous traversons est tout à fait caractéristique de la crise profonde que traverse le syndicalisme ouvrier affaibli et intégré, face à l’arrogance du Patronat et des gouvernements à sa botte. Cette situation se vérifie dans tous les pays, avec les témoignages des intervenants.

L’an dernier, à la première Conférence d’Oren en Turquie, le camarade qui avait prononcé le discours d’ouverture avait fait observer que (je cite) « contrairement à ce qui est souvent proclamé nos forces potentielles syndicales ne sont pas plus diminuées qu’avant. Ce qui manque, c’est une structure organisationnelle capable d’établir le dialogue, le débat, les rencontres pour créer les conditions de lutte, de solidarité active, nationalement, internationalement ». Je pense que nous pouvons souscrire à cette analyse, mais partant de la réalité concrète sur l’état de la classe ouvrière et du syndicalisme.

Cette réalité est là avec ses causes profondes qu’il faut continuer d’analyser tout en jetant les bases d’action susceptibles de gagner les consciences à un syndicalisme révolutionnaire de lutte de classe.

Depuis maintenant plus de vingt ans, nous avons davantage assisté à une désagrégation des organisations syndicales ouvrières qu’à une consolidation de leurs moyens et capacités de lutte. Et cela se vérifie tant au plan national, qu’international, de nombreux intervenants à cette conférence en ont témoigné là encore.

Le syndicalisme s’est émietté, dispersé, sectorisé, au total affaibli. Plus les discours des dirigeants réformistes font l’apologie du syndicalisme « rassemblé » - qui est une caricature du syndicalisme unitaire de masse - plus le syndicalisme unitaire et de lutte s’est désagrégé en une multitude d’organisations groupusculaires corporatistes, disséminées et récupérées par les réformistes dits « modernistes », qu’ils soient de droite ou d’extrême gauche. Simultanément, le taux de syndicalisation a considérablement baissé dans tous les pays, laissant ainsi libre cours à l’aristocratie syndicale dirigeante des grandes confédérations nationales et internationales dans leur installation et leur pratique collaborationniste avec le grand capital.

Certes, en Europe, nous avons assisté à un renforcement de la « Confédération Européenne des Syndicats » (CES) par des organisations anciennement affiliées à la FSM, comme la CGIL italienne, les Commissions Ouvrières Espagnoles, la CGT du Portugal et depuis l’an dernier, la CGT Française. Est-ce que cela a changé fondamentalement le rapport de force des travailleurs face au Capital ? Absolument pas ! Au contraire, on s’aperçoit que le processus de remise en cause des acquis sociaux s’accentue dans tous les pays et, singulièrement en Europe.

En tout cas, au plan idéologique, c’est-à-dire au regard des orientations plus ou moins liées à la politique de la Communauté Européenne, ce renforcement de la CES n’a pas eu les effets proclamés par ses dirigeants, effets qui devaient pourtant se traduire par un « contre pouvoir » syndical à la Commission de Bruxelles pour peser sur les grands dossiers sociaux et économiques des travailleurs, s’opposer aux liquidations et délocalisations d’entreprises... Vilvorde, Givet Cellatex, Adelshoffen ! etc...

La CES devait peser sur les négociations européennes pour que soit intégré un volet social aux accords de Maastricht-Amsterdam. Or, rien de significatif n’a été obtenu, sinon des mesures régressives. Mais est-ce si étonnant ?

- D’une part la mobilisation des travailleurs à l’action n’a pas été engagée à la hauteur des enjeux par les centrales syndicales. Et pour cause !

- D’autre part le marché européen, la mondialisation capitaliste, ne peuvent admettre que des règles communautaires en matière de droit social, viennent entraver la flexibilité du travail, la précarité de l’emploi, qui sont essentielles au développement de la compétitivité pour l’accroissement du taux de profit capitaliste.

Finalement la CES n’est autre qu’une organisation intégrée à la Commission Européenne pour y jouer un rôle modérateur, d’accompagnement au système capitaliste. Il y a donc tromperie envers les travailleurs. Alors que le patronat est à l’offensive partout, accompagné le plus souvent par une social démocratie toute entière dévouée à la gestion des intérêts du capital ; alors que certains secteurs patronaux ne se privent pas d’actions violentes, voire sans souci des intérêts de la population, que font les dirigeants des grandes centrales nationales et internationales réformistes face à l’offensive permanente et accrue du grand capital ? Et bien ! par exemple, au sommet des chefs d’État européens à Biarritz les 13 et 14 octobre prochain, la CES n’appelle qu’à l’organisation d’une chaîne humaine de 1500 personnes. La CGT française a annoncé son retrait des manifestations par crainte de violence et les organisations syndicales, professionnelles, associatives et politiques n’ont trouvé aucun terrain d’entente pour déposer un minimum de plate forme commune !

Ainsi, a t-on là, l’éclatant mais triste exemple de ce que nous avons analysé sur l’éparpillement des forces vives de la classe ouvrière, dont les actions étroitement corporatistes, sectorielles, voire groupusculaires, ne servent en définitive que de soupape de sécurité à la Bourgeoisie quand le mécontentement des travailleurs devient trop fort ou dangereux pour les intérêts capitalistes.

Il est donc nécessaire aujourd’hui, de poser clairement et concrètement les principes et conditions indispensables à la réalisation d’un véritable projet internationaliste de lutte contre le Capital.

Mais cela commence nécessairement par la mobilisation unitaire des travailleurs au niveau de chaque pays.

1/ Il y a besoin de travailler à une unité idéologique de classe sur les fondements anticapitalistes que nous voulons continuer ou impulser. Dès lors cela pose le problème de savoir si nous mettons tous le même contenu au combat révolutionnaire. Nous savons que certains syndicats, groupements professionnels ou associatifs se réclament du concept révolutionnaire, mais sans remettre en cause le système, la société capitaliste. Ces organisations trompent la classe ouvrière : non seulement dans les luttes quotidiennes pour leurs revendications immédiates, mais aussi, au regard de leurs aspirations aux changements de société.

2/ Nous devons donc nous entendre sur le rôle que doit jouer le syndicat et le mouvement syndical dans la société. La coalition des forces ouvrières ne doit-elle servir de point d’appui aux masses populaires pour faire échec aux mesures antisociales et antidémocratiques des Pouvoirs en place ? Cette question est venue dans les débats de notre Conférence ; Elle est importante en ce sens qu’elle pose le problème des alliances de la classe ouvrières avec les autres couches populaires en vue d’assurer le succès de la révolution sociale préparant l’avènement d’une société authentiquement socialiste.

En conséquence, il me semble nécessaire pour le mouvement syndical révolutionnaire international de jeter les bases d’une plate forme minimum prenant en compte à la fois les concepts du syndicalisme de lutte de classe dont les travailleurs ont besoin, et à la fois les objectifs revendicatifs fondamentaux constitutifs des finalités à atteindre.

En d’autres termes, si nous partageons l’idée de la nécessité d’une plus grande politisation du mouvement syndical, il faut en définir les orientations. Si nous sommes pour la suppression de l’exploitation capitaliste, elle ne peut trouver d’alternative que par la socialisation des grands moyens de production et d’échange. Dès lors cela implique la restauration, l’impulsion et le renforcement d’un syndicalisme prenant appui sur un objectif de changement de société partant de revendications fondamentales, essentielles, en matière économique, sociale, démocratique, institutionnelle, culturelle, pacifiste.

En d’autres termes, il serait difficilement concevable d’établir une plate forme revendicative, sans poser les fondements de la société qui serait appelée à mettre en oeuvre la politique chargée de l’appliquer.

Certes, je sais que nous avons beaucoup à faire pour gagner les consciences à cette bataille. Pourtant la voie est incontournable, sinon nous resterions au stade des déclarations d’intention ayant tôt fait de décourager les travailleurs.

Pour faire avancer nos idées et propositions, nous n’avons pas le choix. Nous devons nous dresser contre ce syndicalisme dit « rassemblé », hétéroclite et bassement réformiste. Au contraire rappeler les faits historiques et glorieux du mouvement syndical révolutionnaire quand il a eu la capacité d’unir massivement les travailleurs dans la lutte.

Notre IIème conférence, a marqué un réel progrès sur ces questions fondamentales, même si certaines sensibilités appellent à la poursuite d’autres débats. Les appels formulés par nombre de délégués à cette tribune, ont finalement été traduits, dans la résolution finale qui constitue une amorce de la plate forme dont je viens de faire état précédemment, et dans la création d’un Comité International de coordination qui s’avère indispensable à la mise en oeuvre de l’activité internationale que nous voulons développer, concrétiser.

Ce texte aux décisions ambitieuses mais objectives, est un acquis précieux avec lequel les délégués vont répartir dans leurs pays respectifs.

Il nous faut donc appeler à concrétiser les engagements pris, en popularisant largement les travaux de cette conférence, en décuplant les initiatives nationales et internationales, en préparant dès maintenant les échéances des grandes luttes et autres rassemblements fixés, en répondant aux appels de solidarité internationaliste de plus en plus nombreux et exigeants. La richesse de nos travaux, la dynamique qui a constamment accompagné nos débats doivent engendrer notre confiance dans l’avenir.

Je vous souhaite bon courage, de retour dans vos pays, vos syndicats et rendez-vous à l’année prochaine pour notre IIIème Conférence Nationale contre le Capital !

Vive la solidarité internationaliste des travailleurs !

LE 1ER OCTOBRE 2000 A ANNECY

 
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Dernière modification : 02 avril 2004