La CES (Confédération Européenne des Syndicats) s’est
prononcée pour le OUI à la Constitution Européenne : une première fois
lors de son Comité Directeur du 13 juillet 2004, puis lors de son Comité
Exécutif des 13 et 14 octobre 2004. Logique !
La CES a participé activement à la rédaction du texte de
cette constitution. Lors de son 7ème congrès tenu à Prague du 26
au 29 mai 2003 (où Joël Decaillon y été élu membre du secrétariat
général au nom de la CGT), Monsieur Valéry Giscard d’Estaing est venu en
personne féliciter la CES par cette déclaration : « J’ai pu
mesurer tout l’engagement qui est le vôtre dans les débats au sein de la
Convention, non seulement par les nombreuses contributions que vous avez
adressées à la Convention, mais également par l’excellente participation et
l’engagement dont fait preuve votre représentant au sein de la Convention…
La CES constitue un relais fort avec la société civile, et je salue ici le
rôle important qu’elle a joué au sein de l’élaboration de la future
Constitution européenne. Je vous remercie de vos efforts et de votre aide à la
réalisation de la Constitution. »
Qu’est-ce que la CES ?
La Confédération européenne des Syndicats (CES) a été
créée en 1973. Elle regroupe la quasi-totalité des syndicats d’Europe.
Résolument réformiste et intégrée au système capitaliste, elle est le
prolongement, en Europe, d’organisations internationales comme la CISL
(Confédération Internationale des Syndicats Libres) fondée pour combattre le
syndicalisme de lutte de classe et scissionner la FSM (Fédération Syndicale
Mondiale) deux ans après la scission de la CGT en 1947 qui donnera naissance à
Force Ouvrière (FO). Ces scissions seront soutenues et financées par la CIA
américaine, via les syndicats AFL-CIO des Etats-Unis pour éradiquer les
« syndicats communistes » en Europe.
Aujourd’hui les quatre principales centrales syndicales
françaises adhérentes à la CES sont : CFDT – FO – CFTC et CGT. La
CGT avait demandé son adhésion à la CES dès le milieu des années soixante
dix, demande réitérée à chacun de ses congrès, depuis 1978. Comme on peut
le vérifier aujourd’hui, cette demande caractérisait le glissement
progressif de ses plus hauts dirigeants vers le réformisme. La CGT a abandonné
ses concepts de syndicalisme de lutte de classe à son 45ème
congrès de décembre 1995 pour entreprendre son processus de mutation
réformiste. Dans la foulée elle a adhéré à la CES en 1999, puis a accédé
au secrétariat général en mai 2003.
La CGT s’est doublement démarquée du syndicalisme
révolutionnaire de lutte de classe :
1°) en quittant piteusement la FSM en 1994 (congrès de
Damas) parce qu’à ce congrès avait été introduite la référence au
syndicalisme de lutte de classe dans les statuts de la FSM (référence qui
avait été supprimée en 1990 au congrès de Moscou sous la pression de la
perestroïka gorbatchévienne) ;
2°) en adhérant à la CES en 1999 sur un engagement à
« accepter les formes de fonctionnement conformes à ses statuts et le
respect des décisions prises tant en termes d’objectifs que de mise en œuvre »
(lettre de L. Vianet au secrétaire général de la CES, en mars 1995).
Ces rappels historiques sont importants pour mesurer aujourd’hui
le degré de dépendance de la CES à l’Union Européenne, et celui de la CGT
à l’égard de la CES dans tous les domaines, à l’égard de :
la politique libérale de l’Union Européenne ;
de la constitution européenne ;
des formes stucturelles d’organisation ;
des rapports sociaux (de collaboration) avec le
Patronat ;
des concepts du dialogue social de type partenariat ;
de la stratégie des luttes avec le bannissement de la
grève générale, l’interdiction du blocage de l’économie pouvant
déboucher sur la grève politique. (Bernard Thibault a eu l’occasion de s’illustrer
à cet effet en juin 2003, en déclarant que l’action menée n’avait pas
« pour but de faire tomber le gouvernement »).
La CES appendice de l’U.E.
A toutes les étapes de la CEE (Communauté Economique
Européenne) à l’Union européenne, la CES a joué son rôle de courroie de
transmission et d’accompagnement des politiques néo-libérales de l’Europe.
Elle s’est faite championne du crédo de l’Europe
sociale, en admettant une politique de relance salariale, mais « sans que
cela nuise aux entreprises ».
Elle a épousé la fameuse devise de Jacques Delors du temps
où il était Président de la Commission Européenne : « Il faut que
le syndicalisme accepte les principes de la flexibilité » en oeuvrant,
avec lui pour créer ce « partenariat social » tant apprécié par
Valéry Giscard d’Estaing à l’occasion de l’élaboration de la
Constitution Européenne.
Depuis de nombreuses années, elle fait accompagner les
sommets des chefs d’Etats européens par des manifestations régulées, aux
slogans trompeurs pour les travailleurs. Car en face des grands conflits dont
les plus célèbres sont « Renault Vilvorde » où encore la réforme
des retraites (gouvernement Raffarin en France), le plan Hartz (Allemagne) etc…
on peut chercher les succès de la CES contre le patronat. En mars prochain la
CES va nous jouer la même musique en organisant une euro-manifestation,
régulée, encadrée, orientée, où la CGT s’est fixée un objectif de 15 000
participants. Comme les précédentes, cette manifestation du 19 mars à
Bruxelles, axée sur l’emploi, servira de soupape de sécurité pour le
Capital au regard du problème posé, alors que la campagne pour le OUI à la
Constitution européenne pèsera immanquablement sur cette manifestation.
En 1996, la CES signait avec le Patronat européen un
document qui constitue un véritable programme commun d’association « Capital-Travail » :
austérité, déréglementation des droits du travail, flexibilité,
privatisation, formation professionnelle livrée au patronat, etc…
C’est la directive européenne du 15 décembre 1997 qui
vise à développer le travail à temps partiel en incitant les Etats et les
syndicats à en détecter les obstacles pour les éliminer.
Le 11 décembre 2003, au cours d’une Commission Tripartite
où la CES y était représentée, le rapport sur l'emploi se fixait l'objectif
d’augmenter l’emploi et la productivité en mettant l’accent sur la
nécessité de construire une nouvelle interactivité entre flexibilité et
sécurité sur le marché de l’emploi. La CES et les trois syndicats patronaux
ont salué ce rapport, positivement. Que dit ce rapport : améliorer la
capacité d’adaptation des travailleurs aux entreprises… baser les
évolutions salariales sur la productivité… promouvoir un haut degré de
flexibilité compte tenu d’un niveau de sécurité suffisant,… assouplir les
dispositions du CDI (contrat à durée indéterminée) relatives à l’interruption
du contrat. C’est tout le travail du gouvernement Raffarin, sans que les
centrales syndicales dénoncent et organisent l’action en conséquence :
tous ensemble.
La CES accompagne les privatisations. Elle déclare avoir
« toujours défendu le principe selon lequel, quand on ouvre des marchés
cela doit se faire de manière contrôlée et durable avec une régulation
démocratique des secteurs considérés… mais vis à vis de la propriété
publique ou privée des services, (la CES) adopte une position de
neutralité ». Ainsi donc la CES est indifférente à la politique de
privatisation des services publics. Cela n’entraîne-t-il pas de facto, la
même mansuétude de la part des organisations qui lui sont affiliées
(soumises) ? Quand les dirigeants confédéraux CGT, voire de certaines
Fédérations poussent des cris d’orfraie contre les privatisations, ne
serait-ce pas de la frime ?
En tout cas, c’est bien sur ces bases que la CES a
co-rédigé le projet de directive sur les SIG (Services d’Intérêt
Général) où l’on peut relever qu’elle admet la nécessité d’une
ouverture à la concurrence des marchés.
Selon la CES et le patronat européen, voici les secteurs qui
relèveraient des SIG, donc ouvert à la concurrence : l’énergie, la
santé, la culture, l’éducation, les transports, la communication, l’information,
l’eau, la sécurité alimentaire, le logement, l’environnement, les loisirs,
sans préjudice d’une extension de cette liste. Seraient inclus dans le champ
d’application de cette directive tous les services publics payants, mais ne
viserait pas les services fournis gratuitement par les pouvoirs publics dans le
cadre de leurs obligations sociales, culturelles, éducatives légales…autrement
dit les services n’intéressant pas le Capital.
La directive Bolkestein
Un certain Fritz Bolkestein, ex commissaire européen
réactionnaire, s’était saisi du projet SIG pour lancer un projet de
directive relative aux services dans le marché intérieur européen en
assimilant la plupart des services à des marchandises et en fondant son
application sur les règles du pays d’origine.
L’objet de la directive consistait à ce qu’une
entreprise par exemple d’un pays de l’Europe centrale, puisse venir s’installer
en France avec des ouvriers payés au tarif du pays d’origine, échapper à
toute réglementation du Code du Travail et des lois sociales de notre pays.
Pour des raisons dites de simplification administrative était-il indiqué, les
autorisations, normes professionnelles réglementées et les possibilités d’intervention
de l’Inspection du Travail seraient abolies pour les sociétés étrangères.
On entrait là en plein dans le domaine du dumping social (vente de la
marchandise ou du service du pays étranger à un prix inférieur à celui du
marché intérieur du pays d’accueil). On mesure les conséquences d’une
telle directive pour peser sur l’emploi et les acquis sociaux.
La directive Bolkestein était tellement aux antipodes de ce
que l’on veut nous faire croire sur les avancées sociales de l’Europe que
cela a fait pas mal « grenouiller » dans les milieux politiques et
syndicaux pro-européens. Ce n’est pas tant le contenu de la directive de ce
triste sire qui a énervé les « européïstes constitutionnels »
que l’image qu’elle en a dégagé dans une période cruciale pour la
Constitution européenne.
La dénonciation de cette directive depuis des mois (cela
fait plus de huit mois que CL-CGT a eu l’occasion d’alerter ses militants
sur les dangers du projet Bolkestein) par les syndicalistes révolutionnaires de
lutte de classe et les progressistes est devenue insupportable aux partisans du
OUI à la Constitution. Du Parti Socialiste, voire certains politiques de
droite, aux syndicats réformistes, aujourd’hui, tout le monde tire sur
Bolkestein, en oubliant leur mutisme quand le projet de directive était
examiné et approuvé par la Commission de Bruxelles (13.01.04) sous la
Présidence de Romano Prodi pourtant étiqueté à gauche. Il faudra attendre le
21 janvier 2005 pour voir un article sur la directive Bolkestein dans la NVO de
la CGT et apprendre que la CES s’oppose à ladite directive… mais plus sur
la forme que sur le fond, d’ailleurs ! Côté politique, le PS en
difficulté sur sa position du OUI à la Constitution a dû faire monter au
créneau Dominique Straus-Khan pour critiquer la « libéralisation sauvage
des services publics » à travers la directive Bolkestein. Il faut croire
que la prise de conscience des travailleurs et des populations pèse lourd face
aux explications lénifiantes des adeptes de la Constitution Européenne. Le 2
février 2005 on apprenait que le projet de directive allait être retiré. C’est
encourageant pour la poursuite de la campagne pour le NON à la Constitution,
tout en restant vigilant, car la libéralisation des services publics ne se
dément pas.
A la SNCF, une première phase de libéralisation est en
cours de transposition dans le droit national, deux autres sont en perspective,
avec 6 000 licenciements programmés.
A EDF-GDF, la transformation du statut en société anonyme
est en cours avec ouverture du capital privé, menaces sur les garanties
statutaires des personnels.
A la Poste des milliers de bureaux de postes menacés de
fermeture, avec licenciements à la clé… droits au service public pour les
usagers : confisqués !
On peut aussi parler du drame hospitalier, des menaces sur l’école
publique, etc….
Toutes ces réformes la CES les accompagne quand elle ne se
comporte en productrice de projets, comme par exemple en ce qui concerne les
fonctionnaires.
Le 14 octobre 2004 à l’occasion du Comité Exécutif de la
CES (cf AFP), il fut décidé que les syndicats européens rencontrent la
Direction de la Banque Centrale européenne pour lui promettre la modération
salariale, malgré la hausse des produits pétroliers. Un dirigeant de la CES
déclarait : « Il y a une position commune sur la question des
salaires, selon laquelle la hausse des prix du pétrole ne doit pas entraîner
une surenchère des revendications salariales ». (Rappelons que c’est à
ce Comité Exécutif des 13 et 14 octobre 2004 que la CES a confirmé son
soutien à la Constitution Européenne).
Enfin pour que chacun soit bien convaincu du rôle que joue
la CES dans la construction de l’Europe libérale, et de son ambition pour
cadenasser le syndicalisme des différents pays d’Europe, rappelons que le
nouveau secrétaire général de la CES, à l’occasion du Congrès de mai
2003, avait nettement posé le principe d’une organisation européenne
supranationale à l’image de la supranationalité de l’Union Européenne.
Qu’on ne s’y trompe pas, cette supranationalité
(dépendance) syndicale de la CES, elle est déjà engagée : à travers
les restructurations des organisations, à travers la stratégie des luttes avec
le prochain exemple de l’euro-manifestation du 19 mars à Bruxelles qui aura
surtout comme fil conducteur de peser en faveur du OUI à la Constitution.
Ne nous laissons pas tromper encore une fois !
NON à la CES avec une désaffiliation de la CGT.
NON à la Constitution Européenne.
Paris le 04/02/05