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La Constitution Européenne
CL.CGT : C’est NON !
Le projet de Traité Constitutionnel Européen est une
vieille idée libérale à laquelle les partis de la social-démocratie ont
adhéré dès le début.
Le projet de Traité est le résultat d’un processus lancé
il y a trois ans avec la déclaration des Chefs d’Etats et de gouvernements à
Lacken, en décembre 2001.
En février 2002, une Convention était constituée à cet
effet pour élaborer ce projet. Présidée par Valéry Giscard d’Estaing elle
comprenait des députés nationaux et européens, ainsi que des représentants
des ONG et de la CES (Confédération européenne des syndicats).
Le projet de Traité constitutionnel était adopté par
ladite Convention en juillet 2003, puis par le Conseil européen le 18 juin
2004.
La Constitution définitivement élaborée sera
officiellement signée à Rome le 29 octobre 2004. Il appartiendra alors à
chaque Etat membre de le ratifier, soit par référendum soit par la voie
parlementaire. Son rejet par un seul pays la condamnerait définitivement.
La France ayant adopté de justesse par voie référendaire
le Traité de Maastricht en 1992, et les positions étant friables de part et d’autre
(à droite comme à gauche) sur ce Traité Constitutionnel, Jacques Chirac
annonçait le 14 juillet 2004 que les français seraient consultés par
référendum, en 2005 (probablement avant l’été, estime-t-on).
Certes les partis politiques de droite comme de gauche
appellent majoritairement à voter oui à la Constitution. Cependant à droite
comme à gauche les contradictions internes (positionnement pour les prochaines
échéances électorales, problèmes de l’adhésion de la Turquie à l’UE)
ne rassurent pas les européistes acharnés.
Côté syndicats, la situation n’est pas tellement plus
limpide car, si tous les syndicats réformistes traditionnels (à l’exception
de FO) ont d’ores et déjà appelé à voter oui à la Constitution, suivant
en cela la CES (Confédération Européenne des Syndicats), le cas de la CGT
mérite qu’on s’y attarde quelque peu.
Pour bien saisir la position de la Direction Confédérale
CGT, il faut rappeler qu’elle a abandonné ses concepts originels de
syndicalisme de lutte de classe à son Congrès (45ème) de décembre
1995, pour entreprendre son processus de mutation réformiste, c’est-à-dire d’intégration
au système capitaliste. Dans la foulée, elle a adhéré à la CES (1999) puis
a accédé au secrétariat général de cette organisation en mai 2003.
Or, la CES, à l’issue de la réunion de son Comité
Directeur du 13 juillet 2004, décidait de « soutenir la Constitution
européenne comme point de départ pour de nouveaux progrès vers des valeurs
sociales plus fortes dans l’UE…saluant un certain nombre de percées
importantes dans le Traité Constitutionnel ». Voilà qui qualifie sans
ambiguïté, le rôle collaborationniste avec le Capital, de cette organisation.
Au lieu de rassembler les éléments pourtant nombreux et en
maints domaines, pour éclairer les militants et les travailleurs dans une
campagne active de rejet de la Constitution européenne, la Direction
Confédérale CGT, loin de se détacher de la position de la CES, et pour
cause ! décidait (déclaration du 23 novembre 2004) de « faire
grandir le débat » jusqu’au CCN du 3 février 2005 avec l’objectif ô
combien révolutionnaire ! de « s’approprier les grands enjeux à
faire bouger l’Europe ». Ainsi la CGT, montre-t-elle sa dépendance
obligée à la CES, dont la ligne pro-européenne libérale est par ailleurs
considérée comme soutien à la campagne du Oui de la social-démocratie.
Reste que les militants de la base et leurs syndicats ne sont
pas dupes ; cela transparaît positivement à travers les débats des
syndicats, des UL, des UD… où les prises de position se multiplient pour que
la CGT engage une campagne résolue pour le NON lors du référendum, en
apportant des informations objectives des dangers de la Constitution. Les Appels
professionnels, associatifs, paysans etc… sont déjà nombreux et continuent
de se former. « Continuer la CGT » s’inscrit résolument dans
cette campagne.
Les enjeux de la Constitution.
Les enjeux de la Constitution Européenne sont multiples et d’une
importance capitale. On peut en estimer les dangers irréversibles pour les
travailleurs et les souverainetés nationales , à défaut d’en mesurer
les dégâts à venir.
Les dégâts, nous en subissons la facture chaque jour depuis
de nombreuses années à travers les réformes gouvernementales liées aux
orientations libérales de l’Union Européenne.
L’Europe, que la Droite comme la Gauche social-démocrate
nous prédisaient luxuriante pour l’emploi et la diminution du chômage, le
pouvoir d’achat et les libertés, présente aujourd’hui un bilan
catastrophique pour les travailleurs et les populations laborieuses.
Depuis des décennies, Droite comme Gauche ont,
alternativement poursuivi la même politique au service du Capital incarné en
France par le MEDEF :
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Casse des services publics pour réduire les dépenses
de l’Etat au motif du Pacte de stabilité (Maastricht-Amsterdam), |
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Privatisations des entreprises publiques, |
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Démantèlement de notre industrie nationale, au point
qu’aujourd’hui le Chef de l’Etat doive lancer des projets d’investissements
industriels…privés… |
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Délocalisations d’entreprises dans le cadre de la
mondialisation, entraînant licenciements et chômage, |
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Développement du chômage et de la précarité, avec
une paupérisation touchant de plus larges couches de la population, |
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Liquidation des acquis sociaux arrachés à la
Libération et au cours des luttes ouvrières (1936, 1945, 1968…) =
(statuts et conventions collectives, Code du Travail, pouvoir d’achat
avec échelle mobile, classifications professionnelles, formation
professionnelle, réglementation des droits du Travail, retraites,
couvertures sociales, indemnités chômage, libertés syndicales, droit de
grève etc…), |
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Conséquences désastreuses du passage à l’Euro sur
le pouvoir d’achat des travailleurs et couches populaires |
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Menaces sur les fondamentaux démocratiques :
droit de grève, libertés syndicales, justice… |
Tout ces acquis, non seulement la Constitution Européenne ne
prévoit nullement de les restituer aux travailleurs, et encore moins constituer
un « point de départ pour de nouveaux progrès vers des valeurs sociales
plus fortes », comme voudrait le faire croire la CES, mais au contraire
achever leur liquidation dans la continuité de Maastricht-Amsterdam.
Voilà déjà un « bon paquet » de raisons pour
dire NON à la Constitution Européenne. Mais il en existe d’autres tout aussi
fondamentales.
La souveraineté Nationale.
La souveraineté nationale, déjà mise à mal à travers les
conceptions de fonctionnement des institutions européennes sur la base du
principe de subsidiarité, est directement visée par la Constitution
Européenne.
Outre les mises en causes progressives des acquis sociaux des
travailleurs, la Constitution Européenne s’attaque aux propres fondamentaux
institutionnels nationaux pour créer les conditions d’irréversibilité à
tout changement de système politique, voire de société. Le Conseil d’Etat
français, saisi des conséquences de la Constitution Européenne est sans
ambiguïté : la Constitution Française fait obstacle à l’application
de la Constitution Européenne du fait que notre Constitution de 1958 proclame l’attachement
du Peuple Français aux principes de la souveraineté nationale tels que
définis par la Déclaration de 1789, repris par le Préambule de la
Constitution de 1946. Dès lors la Constitution Française de 1958 doit être
modifiée, lors de la convocation du Parlement en Congrès (Assemblée Nationale
et Sénat réunis). Ainsi, les parlementaires, députés et sénateurs, à quel
que bord qu’ils appartiennent ne pourront pas ignorer les responsabilités qu’ils
vont prendre devant le Peuple Français. Drôle de situation qui risque de voir
les élus du Peuple voter majoritairement l’abandon de souveraineté de leur
pays alors que, peut-être (ce que nous souhaitons) le Peuple dira non au
référendum constitutionnel.
La subsidiarité, c’est l’exercice d’une prérogative
par une collectivité, une institution voire un individu, dans un cadre
déterminé mais sous un rapport de subordination, donc de perte ou d’altération
de souveraineté.
La subsidiarité est un principe ancien, il détermine
notamment la doctrine de l’église en matière de relations sociales. C’est
dans le cadre du principe de subsidiarité (clauses de transfert de
compétences) que l’on abouti à ce que 60 à 70 % des mesures (réformes)
gouvernementales découlent des directives européennes.
Au plan de l’Union Européenne, la mise en œuvre du
principe de subsidiarité aboutit donc à une perte de souveraineté des Etats,
concrétisée notamment à travers les Traités européens dans les domaines
tels que la monnaie, la fiscalité, la libéralisation des marchés, la
déréglementation des droits du travail, les privatisations, les ouvertures à
la libre concurrence, l’agriculture etc… la collectivité publique ne
prenant plus en charge que ce qui n’intéresse pas le Capital, suppléant
ainsi aux carences sous forme de service ou régime universel, possible rôle
dévolu au SIG (service d’intérêt général) se substituant au service
public à la française.
Les privatisations, la régionalisation (décentralisation)
en cours, découlent de cette logique. La perte de souveraineté des Etats et le
transfert des compétences constitutifs des règles communautaires européennes
s’imposant aux Etats et aux Collectivités locales réputées compétentes
dans de plus en plus de domaines, font de la région, le lieu de mise en œuvre
de la politique européenne, le lieu à partir duquel se construit, s’organise
et se structure l’espace européen.
Dans cette organisation, il n’est plus question de
gouverner, c’est-à-dire d’appliquer les orientations et dispositions
définies par les citoyens d’un pays, d’une région, mais de gouvernance, c’est-à-dire
de mise en œuvre de dispositions (directives), de gestion, dans un cadre défini
par le haut, le Conseil Européen, hors d’atteinte de la souveraineté
populaire des nations.
La démocratie qui s’exerce alors sur le plan national ou
territorial des régions, prenant l’aspect de démocratie participative
intégrant un ensemble d’acteurs dans un domaine donné enferme alors le
citoyen, le syndicalisme (réformiste), l’Association, dans un rôle de
régulation sociale, les grandes orientations, les grandes décisions étant
prises ailleurs, en l’occurrence, l’Union Européenne.
Le principe de subsidiarité est un pur produit libéral qui
répond aux besoins de la mondialisation dans le cadre de la recomposition du
Capital.
Les principes de subsidiarité, de gouvernance, de
démocratie participative forment un ensemble cohérent qui organise la
libéralisation de l’économie sur l’espace européen dans le cadre de la
mondialisation et contribue à asseoir le règne de la finance, des marchés,
voire demain de la défense européenne en tant que bloc impérialiste.
Voilà un autre paquet de raisons qui doit inciter les
militants, les travailleurs à voter et faire voter NON à la Constitution. Cela
ne semble pas marquer les dirigeants réformistes de la CGT sur les dangers de
révision de notre Constitution française attachée à la souveraineté du
peuple, pour livrer les affaires de notre pays à la gouvernance impérialiste
européenne.
CL.CGT appelle les militants à relever le défi de la
désinformation caractérisée de la CGT en intervenant partout dans les débats
pour rétablir la vérité sur les dangers de la Constitution Européenne.
Il ne peut y avoir d’Europe Sociale.
L’Europe est un marché de 450 millions de consommateurs
pour le Capital, pas pour faire du social.
D’emblée, il faut tordre le cou à l’idée que l’Europe
est un acte obligé pour s’opposer à la suprématie de l’impérialisme
américain, ou pour contrer les effets de la mondialisation. On nous a déjà
servi ces arguments désuets dans le passé, notamment pour le référendum sur
Maastricht-Amsterdam, pour mieux faire passer les mesures antisociales et
antidémocratiques à l’encontre des populations laborieuses.
L’Union Européenne appelle les capitaux américains d’une
part et profite (les propriétaires des moyens de production et les banques) des
effets de la mondialisation d’autre part.
L’UE représente déjà plus de 50 % des investissements à
l’étranger dont près de la moitié en Amérique du Nord. De leur côté, les
Etats-Unis outre leur suprématie dans le contrôle de l’OTAN, constituent le
premier investisseur étranger dans la plupart des pays européens. En France,
les capitaux américains investis représentent 40 % des capitaux
étrangers ; en Ile de France les Etats-Unis sont le premier investisseur.
L’Europe qui se construit est assise sur une logique
libérale, supranationale, de déréglementations et de privatisations où est
instaurée la libre circulation des hommes, des marchandises, des services où
la libre concurrence, la conquête de nouveaux marchés est antinomique avec la
réglementation des droits du travail et les services publics accessibles à la
population sans discrimination.
L’Union Européenne du Capital agit pour se libérer du
concept des nations grâce à une recomposition de la société :
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structurelle : avec la régionalisation et la
réforme de l’appareil d’Etat ; |
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économique : avec l’abandon des industries non
rentables, les privatisations, la libre concurrence, les
délocalisations ; |
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politique : avec une évolution des comportements
à l’américaine, teintée de criminalisation du communisme, alors que
la religiosité frappe à la porte de l’UE. Cette évolution, dans
laquelle se moulent les Associations et surtout les syndicats dont la CGT,
constitue un réel danger d’esclavagisation de la classe ouvrière. |
Maastricht-Amsterdam nous a « apporté » le Pacte
de stabilité, véritable machine de guerre contre les fonctions publiques
considérées par l’UE et les gouvernements, comme budgétivores. Or, réduire
les dépenses de l’Etat sans toucher aux profits capitalistes, tout en
réduisant les impôts aux plus riches, en exonérant les patrons de leur
contribution aux Collectivités locales, c’est œuvrer à la mise à mort des
services publics.
Au plan social, rappelons quelques mesures concoctées par le
Conseil européen de Bruxelles en mars 2004. Dans le prolongement du sommet de
Barcelone en 2002 où Chirac et Jospin s’étaient accordés sur la réforme
des retraites (dont sera chargé de faire voter Raffarin un an plus tard), le
Conseil européen déclare qu’il convient d’accélérer les réformes,
réduire les coûts salariaux – non salariaux, faire en sorte que les salaires
prennent mieux en compte la productivité, promouvoir des formes de travail
souples (sans négliger la sécurité des travailleurs), rendre le travail
avantageux au plan financier, avoir des stratégies spécifiques aux femmes,
créer des incitations juridiques, financières, pour maintenir les salariés
âgés sur le marché du travail… Tout cela ne nous est-il pas familier dans
la pratique politique du gouvernement Raffarin ? Si bien sûr ! !
Où le bât blesse, c’est que les organisations syndicales
à travers la CES, censées éclairer les travailleurs sur les dangers de la
Constitution Européenne (c’est-à-dire de l’Europe libérale au service du
grand capital) non seulement accompagnent les orientations scélérates de l’UE,
mais de surcroît trahissent les intérêts légitimes de la classe ouvrière
avec ce slogan trompeur de « l’Europe sociale en marche ».
Lors du sommet de Bruxelles, la CES s’est réunie avec le
Patronat et la Commission européenne. La déclaration commune (qui engage donc
les organisations adhérentes, donc la CGT) se prononce « pour l’application
des directives européennes pour l’emploi » (voir ci-dessus les
orientations ! !) et le relevé de conclusions félicite la CES pour
son partenariat exemplaire.
Faut-il rappeler qu’en 1996, la CES signait avec le
patronat européen un document qui constituait un véritable programme commun d’association
« Capital - Travail » : austérité, déréglementation,
flexibilité du travail, privatisations, mise en cause des services publics etc…
Eh bien, là encore, on n’est guère dépaysé au regard des pratiques
politiques gouvernementales.
Faut-il rappeler que la CES a étroitement collaboré au
projet de SIG (service d’intérêt général) appelé à se substituer au
service public à la française, où les services rentables seront livrés au
privé ? Telle est la signification du OUI de la CES à la Constitution
Européenne !
NON l’Europe libérale des multinationales ne peut pas
être sociale. On n’a jamais vu le grand patronat et les banques se
décarcasser pour la classe ouvrière. Ils ont seulement reculé face au rapport
de force. Entretenir l’idée, aujourd’hui, que l’Europe sociale est
possible ou est en marche est un leurre, un mensonge délibéré.
NON à la Constitution Européenne ! C’est de l’intérêt
immédiat et d’avenir pour la classe ouvrière. Un NON majoritaire au
référendum constituerait une défaite de la Bourgeoisie et de ses alliés
réformistes (politiques et syndicalistes) au contraire donnerait un espoir,
créerait une dynamique pour les luttes futures à mener.
Pour CL.CGT : La Constitution, c’est NON !
Votez . Faites Voter : NON !
Paris, le 15/01/05
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