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NON À L'EURO!

Le passage à l'euro, dans trois mois, va constituer l'une des plus gigantesques opérations monétaires de l'histoire, entraînant un bouleversement socioculturel sans précédent des pays concernés (300 millions d'habitants). Seuls les apatrides du Grand Capital sont l'aise et pour cause: l'euro a été conçu et créé par eux et pour eux!
Mais l'euro est-il une monnaie d'avenir pour rivaliser avec d'autres, selon les européistes, ou plutôt la transition à terme, vers la monnaie mondialisée du dollar qui s'est déjà substitué à «l'étalon or»? Ne sera-t-il pas plus facile à dollariser une seule monnaie européenne aseptisée qu'une multitude de «petites monnaies» accrochées à leurs symboles historiques et leurs cultures?
Faut-il rappeler que l'euro, dont on nous avait pourtant prédit le rôle compétiteur avec le dollar, a perdu près de 30% de sa valeur initiale sur ce dernier depuis l'existence de la monnaie européenne?
Depuis le 1er janvier 1999 l'euro est devenu la monnaie pratiquée sur le marché des changes des douze pays de la Communauté européenne; et pour la France il est la monnaie officielle aux taux fixe de 6,55957 francs pour un euro.
L'euro constitue un véritable instrument à disposition du Capital pour le marché monétaire et financier international. Et même si le dollar n'est pas menacé par son propre renchérissement, l'euro pour l'instant, joue avantageusement son rôle sur les places financières des différents pays du monde.
Mais où les choses vont se gâter, c'est avec le basculement effectif et l'arrivé de la monnaie fiduciaire (pièces et billets de banque) le 1er janvier 2002. La monnaie d'un pays est basée sur la confiance économique, sociale et culturelle que lui attache sa population: c'est le gage majeur de sa souveraineté. Or, l'euro ne répond à aucun de ces critères, il écrase au contraire les identités nationales. Outre le choc psychologique qui se dégage déjà des populations des différents pays de la Communauté, le passage à l'euro en janvier prochain, va provoquer des bouleversements dans les rapports techniques et sociaux à la monnaie dont il est difficile de prévoir les conséquences aujourd'hui, même s'il en est qui sont déjà programmées.

Les conditions d'accès à la zone euro
Avant la monnaie unique, avait été crée, en 1979, le SME (Système monétaire européen) censé répondre au développement économique de l'Europe. Cela a constitué une étape préparatoire au renforcement des marchés financiers susceptibles de «concurrencer le dollar». C'est ce qu'on nous avait dit.
Sous la pression de la Bundesbank notamment, et avec l'accord des membres du SME, ont été institués les critères de Maastricht (avalisés par le gouvernement français) dont il n'est pas inutile de rappeler qu'ils ont pour fonction première de s'attaquer aux acquis sociaux des travailleurs pour libérer le processus d'accroissement des profits du Capital. Ainsi pour accéder à la zone euro, chaque pays membre, doit se plier aux obligations du Pacte de stabilité, véritable acte de police politique supranationale chargée de surveiller la diminution des dépenses publiques des pays à moins de 3% du PIB, susciter l'accroissement des prélèvements sociaux sur les revenus salariés et retraites, maîtriser l'inflation, etc. ... C'est dans ce contexte préparé de longue date grâce à un élagage progressif des acquis sociaux simultanément à une offensive mondialisée de privatisations des secteurs publics, que la monnaie unique a été conçue et a donné naissance à l'euro.

La position des différents pays
Les douze pays ayant opté pour la zone euro sont:
- Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, Finlande, France, Grèce, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays Bas, Portugal.
Trois pays n'ont pas signé l'engagement du passage à l'euro au 1er janvier 1999, ce sont:
- Royaume Uni, Suède et Danemark qui pourront cependant rejoindre la zone euro, s'il respectent les critères d'adhésion et en particulier le Pacte de stabilité
Déjà avec la non-intégration d'un pays comme le Royaume Uni, cela fait plutôt désordre dans la construction de l'Europe. Mais parmi les pays mêmes, de la zone euro, ce n'est pas l'harmonie parfaite. Et le basculement de l'euro en 2001, risque de faire éclater plus radicalement encore les traumatismes des populations et renforcer les clivages entre les pays du nord et ceux du sud de l'Europe, sans parler des ex-États socialistes qui voudraient accéder à la monnaie européenne.

Le Royaume Uni:
Les Britanniques, dont on connaît les liens politiques et économiques étroits avec les États-Unis, ne sont pas prêts d'entrer dans la zone euro; Tony Blair a seulement promis d'organiser un référendum sur l'euro dans le deux ans suivant les élections législatives de juin dernier. Cela n'empêche pas la Grande Bretagne de jouer son rôle aussi réactionnaire que les autres pays membres, au sein de la direction de l'UE. En d'autres termes la GB défend une position souverainiste à l'intérieur et supranationaliste (pour les autres) à l'extérieur. Mais le fait essentiel est que la population paraît largement opposée à supporter des sacrifices cumulés du passage à l'euro avec ceux hérités de la politique Thacher prolongée par celle de Tony Blair.

Le Danemark:
Le Danemark est sans doute le cas le plus édifiant, tant il est caractéristique d'une volonté populaire de ne pas céder au chantage des europhiles de la haute finance.
Après s'être prononcé contre les traités de Maastricht-Amsterdam, la population danoise a dit non à l'euro à 53% le 28 septembre 2000. Grâce à une large mobilisation des syndicats et des partis de gauche, les salariés on tenu à défendre leurs acquis sociaux tout en rejetant les contraintes de l'intégration à la zone euro: Pacte de stabilité et ses conséquences sur les budgets publics et sociaux. Cela dit, le Danemark, comme la Suède, qui sont adhérents à la zone mark, ne sont pas au bout de leur difficultés du fait que l'Allemagne, elle, intègre la zone euro.

L'Allemagne:
Précisément, il est important de s'attarder sur la position de l'Allemagne et des Allemands. Une Allemagne bicéphale où rappelons-le les habitants de l'ex-RDA ont un pouvoir d'achat moyen trois fois moins élevé que dans la partie «occidentale», ainsi qu'un taux de chômage de plus de 15%. Bonjour l'unification!
L'opinion qui se dégage des sondages mais aussi des comportements quotidiens des population allemandes, c'est que l'euro n'a pas la cote. Il serait rejeté, selon les sondages à plus de 50% voire près de 60%.
Comme dans les autres pays membres, c'est la dégradation sociale des salariés et retraités allemands qui pèse lourd dans la balance, même si ces reculs sociaux ont, le plus souvent été ratifiés (voir l'annualisation du temps de travail, les fonds de pension etc. …) par les dirigeants syndicaux allemands intégrés au système ou membres influents de la CES. Mais, à la base ça passe mal. Lors de sa campagne électorale de 1998, G. Schröder avait taxé l'euro "d'avorton"; mais une fois élu à la Chancellerie il a rectifié le tir en lançant l'idée d'une Union européenne structurée à l'image des länder, avec un exécutif européen maîtrisant totalement les politiques des États membres. Il a ainsi parfaitement répondu aux marchés financiers et aux esprits germaniques partisans du leadership allemand de l'Union européenne.

Les autres pays du sud
L'Italie, malgré le lourd tribut payé par les salariés et les contribuables pour satisfaire aux exigences du Pacte de stabilité, les Italiens restent majoritairement acquis à la monnaie unique et au passage à l'euro.
Avec l'arrivée de la monnaie unique et l'application des traités de l'UE, les choses vont se compliquer. Déjà un début de panique commence à gagner les pays du sud et d'une façon générale les agriculteurs. En effet sous la double impulsion allemande (projet d'Europe fédérale et modelage de l'euro au concept germanique) relayée par la France «officielle», des fédéralistes et des partisans d'une fédération des États-nations, les aides aux pays du sud (Espagne, Grèce, Portugal, voire Italie) en contrepartie des contraintes fortes imposées à leurs populations pour intégrer la zone euro, seraient supprimées, de même que devrait être «renationalisée» la politique agricole commune (PAC). À cet égard le traité de Nice est particulièrement ravageur et il n'y a pas que les Irlandais qui l'ont compris. Le Premier ministre portugais ne vient-il pas, il y a quelques mois, de déclarer: «Nous n'accepterons pas l'abandon des solidarités de l'UE en contrepartie d'une apparence d'Europe fédérale».

La France:
Comme dans d'autres pays membres, il y a d'un côté la France «officielle» qui a voté tous les traités de l'UE, l'adhésion à l'euro et qui s'apprête à entrer dans le processus de fédéralisation de l'Europe sous impulsion et domination allemande; de l'autre, il y le peuple plutôt ignoré et méprisé, au regard des décisions prises sous directives européennes tant dans les domaines économique, social, que démocratique.
Le passage à l'euro n'échappe pas à l'ambiance plutôt sceptique voire franchement hostile des français. Tous les sondages publiés depuis le début de l'année laissent apparaître qu'une majorité est hostile ou dubitative à l'égard de l'euro. Car en effet, outre le remplacement de la monnaie, il y a dans l'air, une méfiance justifiée de ce que l'euro peut cacher comme autres conséquences et bouleversement de la vie.
Si dans tous les pays membres la confiance dans la construction européenne s'est dégradée, c'est à l'encontre de l'euro que le retournement des population a été le plus spectaculaire. Cela signifie que le contrecoup du Pacte de stabilité applique à marche forcée par les gouvernements des pays membres est en train de peser lourd. En France, cela s'est traduit par des privatisations à outrance, le blocage des salaires, voire leur diminution avec les 35 heures et les plans sociaux, la baisse du pouvoir d'achat des retraités, les impôts et taxes toujours plus lourds pour le petits 


revenus, une précarisation sans précédent de l'emploi pour camoufler le chômage etc. … Et comme tout se tient, la vérité de la situation est sortie des urnes lors des élections municipales de mars dernier, comme de celles de l'Irlande rejetant carrément l'euro sans compter la pression montante de l'anti-mondialisation à travers les sommets des G7 dont le dernier à Gènes, a montré le vrai visage, hideux, du Capitalisme.

Le coût du passage à l'euro est incommensurable

Il y a l'opération de passage à l'euro avec l'introduction des monnaies: monnaie fiduciaire (pièces et billets) et monnaie scripturale (chèques, virements, prélèvements, cartes bancaires); mais il y a aussi toutes les chausse-trappes auxquelles les gens vont être confrontés surtout pendant et après le basculement.
Certes, à la mi-août, plus de 30% des commerces n'avaient encore amorcé aucune préparation en vue du passage à l'euro, de même que certains établissement publics ne semblaient pas non plus très avancés; mais l'estimation des coûts et leur publication ne paraît pas saisir d'empressement les responsables.
En Allemagne, une enquête réalisée en début d'année auprès des entreprises et administrations avait abouti à une estimation de coût de la conversion à 20 milliards d'euros, soit plus de 130 milliards de francs!
En France, l'évaluation du seul réseau bancaire est de l'ordre de plus de 12 milliards de francs (avec la Poste: plus de 1 milliard), ce qui signifie sans doute plusieurs dizaines de milliards pour l'ensemble des entreprises, commerces et administrations. Sans compter bien sûr les dizaines de milliards engloutis lors du premier passage à l'euro 2000. Comme on le voit, le Grand Capital ne lésine pas sur les moyens quand il s'agit de pérenniser, moderniser et conforter ses profits. Mais de là à penser que ces centaines de milliards vont être payés par les patrons…. faut par rêver!
La MEDEF a déjà posé ses revendications, que le ministre des Finances n'a pas rejetées totalement. Certaines mesures «d'accompagnement» à l'égard des sociétés seront accordées, notamment en matière d'amortissement des dépenses dues au passage à l'euro, de facilitation des conversions en euro du capital social des entreprises, comme par exemple l'application de la règle des arrondis….
Les banques qui disent ne pas vouloir augmenter leurs tarifs (elles ont déjà largement pris les devants au cours de ces dernières années) attendant beaucoup, en contrepartie de l'État pour qu'il donne son feu vert pour les chèques payants.
Alors qui va payer? Eh bien! les consommateurs, et plus exactement, les particuliers. Voici quelques chausse-trappes qui les attendent:
- Tout d'abord, en tant que contribuables: les mesures d'accompagnement de l'État en faveur des sociétés…
- Puis, la valse des étiquettes: dès cet été les commerces où les grandes surfaces ne sont pas les dernières, ont anticipé en affichant des prix sur certains articles ou produits, atteignant des augmentation de 10 à 18%. Que font les association de consommateurs, et les services de contrôle des prix «qui veilleront au respect des règles et à la protection du consommateur»?
- Les chèques payants: qui vont toucher surtout les particuliers les plus modestes.
- Les arrondis: la plupart des factures vont devoir passer par la règle des l'arrondis. Cette règle prévoit que l'arrondi appliqué pour aboutir à un prix en euros ne devra pas comporter plus de deux chiffres après la virgule (c'est à dire les cents ou centimes).
Principe de l'arrondi: si le troisième chiffre après la virgule est inférieur à 5 on arrondit au cent inférieur; s'il et égal ou supérieur à 5 on arrondit au cent supérieur. Exemple; un produit d'une valeur de 27,372 euros devra être facturé 27,37 euros: par contre un produit de 27,376 euros sera arrondi à 27,38 euros.

Contradictions capitalistes et antagonismes de classe
Au-delà des fluctuations conjoncturelles de la dernière décennie, on a vu l'UE portée au nues par les européistes de tous poils. Par rapport à la politique agricole commune, les investissements en travaux publics, les aides aux régions en particulier les pays du sud, une croissance qui devait durer etc... et enfin l'euro qui allait sceller tous ces «acquis».
L'accumulation du capital appelle la recherche du profit maximum, sans limite. Les entreprises françaises ont affiché des profits historiques: près de 130 milliards de francs de bénéfices pour les seuls premiers douze grands groupes, alors qu'en 1999, les trente premiers groupes ne totalisaient - si l'on peut dire - que 120 milliards. Et cela, sous un gouvernement dit de «gauche» qui, dans le même temps à vendu du patrimoine national (privatisations) pour plus de 200 milliards. Une telle situation n'est pas sans contradictions internes au Capital, et surtout sans exacerber les antagonismes de classe, n'en déplaise aux réformistes. La guerre économique des groupes et multinationales, si elle n'a pas atteint les sommets, n'en est pas moins engagée. Dans le même temps la dictature du Capital n'en est que plus féroce à l'encontre du monde du travail, jusqu'à la répression policière sanglante comme au G8 à Gênes.
Si le Capital a encore quelque marge pour s'approprier les aristocrates syndicaux des grandes centrales ouvrières pour leur monnayer «la paix sociale», il est remarquable de constater l'éveil des consciences des travailleurs, voire plus largement des masses populaires, qui amorcent une rupture avec l'establishment politique et syndical à la solde du Capital, cette démarche doit se transformer dans un mouvement et une organisation de lutte de classe pour dire NON à l'Euro, NON à l'Europe des banquiers, NON à la mondialisation  capitaliste, avec "Continuer la  CGT" !

Fait le 10/08/2001

 
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Dernière modification : 20 mars 2004